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Totem de poche
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le Dim 1 Avr - 17:19
Il est seul. Et cette solitude, loin de le blesser, le rassure. Sous ses doigts, le piano obéit à nouveaux à ses envies et il en entend les sons s'échapper au rythme de ses sentiments. Ses musiques habituelles sont des morceaux de travail, des arpèges et des exercices pour retrouver sa dextérité perdue dans les semaines d'hôpital, abîmées par les longues séances de rééducation qui le laissent en nage et épuisé jusqu'aux tréfonds de son être. Il ne remarchera jamais comme avant et ses efforts ne sont utiles que pour limiter les dégâts. Il veut pouvoir conduire à nouveau, être capable de se déplacer seul même si lentement alors il fouille plus loin en lui-même à la recherche de ces énergies que l'on ne découvre qu'une fois être allé au delà de ses propres forces. Il laisse s'échapper une tristesse. Une larme de musique qui coule dans la mélodie de Chopin.

Il est seul. Nadia et Sisel sont à l'hôpital. Abishai est en cours. Mélodie est sortie. Le silence autour de lui est palpable mais surtout il est audible. Il entend les bruits des horloges et celui de sa respiration et la pièce qu'il joue et qu'il remplit des pensées sombres qu'il cache d'habitude. Il continue, évacuant l'angoisse des dernières semaines, celle sourde d'être à jamais privé de son et de musique. Il n'était pas Beethoven ; Il n'en avait ni le talent ni l'imagination. Il n'aurait pas supporté un vrai silence plus longtemps. Il caresse un peu une marque qu'il s'est faite sur la cuisse quelques jours plus tôt lorsque personne ne regardait. Il n'avait pas supporté le vrai silence. Il n'avait pas plus supporté le bruit soudain, lorsque son audition était revenue d'un coup et qu'il avait fallu encaisser le bruit incessant du monde extérieur.

Il est seul. Sa voix monte soudain, accompagnant une musique qui change discrètement jusqu'à retrouver de vieilles chansons francophones. Son accent, mi américain mi polonais écorche un peu cette belle langue, il n'en a cure. Maciej Lis qui joue de la chanson à texte en s'accompagnant lui-même, voilà un spectacle inédit. Seule Sisel sait à quel point il aime les beaux textes, quelque soit leur langue d'origine. Elle seule comprend la peine qu'il y glisse. Il n'est pas toujours exactement juste malgré un timbre agréable et, souvent, l'émotion le fait trembler un peu. Il l'entend.

« N'écris pas! Je suis triste et je voudrais m'éteindre.
Les beaux étés, sans toi, c'est l'amour sans flambeau.
J'ai refermé mes bras qui ne peuvent t'atteindre
Et frapper à mon cœur, c'est frapper au tombeau.

N'écris pas! N'apprenons qu'à mourir à nous-mêmes.
Ne demande qu'à Dieu, qu'à toi si je t'aimais.
Au fond de ton silence, écouter que tu m'aimes,
C'est entendre le ciel sans y monter jamais.

N'écris pas! Je te crains, j'ai peur de ma mémoire.
Elle a gardé ta voix qui m'appelle souvent.
Ne montre pas l'eau vive à qui ne peut la boire.
Une chère écriture est un portrait vivant.

N'écris pas ces deux mots que je n'ose plus lire.
Il semble que ta voix les répand sur mon cœur,
Que je les vois briller à travers ton sourire.
Il semble qu'un baiser les empreint sur mon cœur.

N'écris pas! N'apprenons qu'à mourir à nous-mêmes.
Ne demande qu'à Dieu, qu'à toi si je t'aimais.
Au fond de ton silence, écouter que tu m'aimes,
C'est entendre le ciel sans y monter jamais... *»


Il n'est plus seul. Il ne le sait pas. Sans qu'aucune larme coule, il a laissé passer ses sanglots dans ce texte qui lui ressemble tellement et pourtant si peu. Il ne veut pas la chanter à Sisel. Il ne veutpas qu'elle arrête d'écrire. Etre auprès d'elle c'est souffrir de ce qu'elle était. Il lui est plus facile de vivre dans les souvenirs lorsqu'il est au loin ; Il la voit et il voit ses fautes. Et pourtant, depuis peu, elle a allumé en lui une lueur d'espoir. Si fragile et si frêle qu'il n'ose la toucher. Elle le brûle pourtant.



*HRP Julien Clerc, les séparés


Dernière édition par Maciej Lis le Dim 1 Avr - 17:20, édité 1 fois

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le Lun 2 Avr - 0:21
Ce matin. C’était calme. Il n’avait plus grand monde dans l’appartement. En fait, je n’allais pas y rester non plus. J’avais quelques courses de bases à faire. Et j’avais également un grand besoin de sortir. On avait réduit mes heures au Musée, le temps que mon poignet se rétablisse, mais je m’ennuyais ferme. Je lisais, c’était bien de lire, parfois je voyais Ludo, d’autres fois je passais du temps avec Abi… Mais le temps reste long quand on n’a rien à faire. Je ne me sentais pas du tout utile. Même que cela décourageait fortement Béa. Elle ne savait pas quoi faire, elle non plus. Ça l’ennuyait. Du coup, elle finissait par dire des bêtises.

Donc aujourd’hui nous (comme si Béa avait eu le choix une fois sortie à l’air) avions décidé d’aller faire des petites courses. Un peu de tout et de n’importe quoi. Dans un premier temps pour me changer les idées et dans un deuxième temps pour trouver des choses qui pourraient m’être utile. Non pas des vêtements… Quoi que je ne dirais pas non à faire un tour dans des friperies. Mais j’avais grandement envie de sucre d’un côté et il me manquait des petits choses essentiels pour ma survit dans ce monde.

Tout ce dont j’avais été cherché en ville, en prenant le plus mon temps possible, m’arrêtant faire du lèche-vitrine à d’autres endroits, prendre le temps de respirer l’air frais de la mi-mars. Je ne crois pas que je pouvais réaliser que cela faisait maintenant deux semaines que je n’étais plus trop chez moi. Deux semaines que j’avais ce plâtre, j’avais plutôt l’impression que cela faisait déjà des mois. Je ne sais pas encore si j’en suis heureuse ou non.

Chose certaine, c’est que je n’arrive pas à bien dormir. Seule je cauchemarde. Ça m’énerve et surtout ça me met de mauvais poil le lendemain. J’avais fini par m’acquérir un nouveau téléphone que Ludo m’avait forcé à prendre un super bon qu’il allait me payer. Non pas le forfait, mais seulement le téléphone.

J’avais eu bon protester, mais avec lui, il n’a rien pour le faire changer d’avis.

Ah… Lui, là… Je ne sais pas ce que je vais faire avec lui.

J’avais pris quelques heures pour moi, le temps de réfléchir à tout ça, d’acheter tout ce dont j’avais de besoin, j’avais pris un thé en quelque part au passage, j’avais eu besoin de me poser après un temps, c’était quand même un peu fatiguant je trouve. Parce que j’avais bien décidé de marcher, de toute façon, personne ne m’attendait.

J’étais de retour chez Abi. On m’avait gentiment offert les clés ainsi que le code d’accès pour que je puisse aller et venir à ma guise. Ils étaient bien gentils. Mais j’avais encore plus hâte de ne plus avoir ce fichu plâtre et que je puisse reprendre ma vie tranquille que j’avais avant l’explosion. Je supportai plus ou moins bien, pour ne pas dire que je ne supportai pas les restrictions et les contraintes que cela me provoquait. Je détestais avoir un plâtre. Me laver c’était un beau bordel, parce qu’il ne faut pas qu’il y ait de l’eau qui entre dedans. En plus, il m’arrivait que cela me démangeait à l’intérieur. Et je ne pouvais pas y faire grand-chose! Il me fallait presqu’il petite baguette de bois pour que je puisse me gratter… Ou un crayon. C’est complément ridicule. Ça me rendait particulièrement maussade par moment. Il y a certaines choses que j’avais abandonné. Comme d’attacher mes cheveux. Pour le moment j’avais laissé faire, préférant de loin les laisser aller au vent pour ne pas m’embêter à mettre mon fichu élastique. Je n’aimais pas particulièrement ça par contre, j’avais toujours l’impression qu’ils sont en désordres, pas jolis.

Et le pire dans tout cela, c’est que je ne peux même pas mettre de robes. Si elles s’attachent dans le dos, c’est complètement impossible ! Sinon pour les mettre, je dois demander à quelqu’un de bien vouloir me l’attacher en arrière.

C’est gênant. C’est super gênant de demander à des gens de t’aider à faire des choses que tu as l’habitude de faire toute seule. Je n’aime pas ça. J’ai bien hâte à mon rendez-vous chez le médecin pour qu’il examine mon bras.

Du coup, j’entrai dans l’appartement de façon nonchalante, sans dans ma main, ainsi que les clés et tout ça. J’avais la main pleine de trucs. En vrai, lorsque je réussis à enfin ouvrir la porte, mon sac tomba au sol, tout comme mes clés.

Subtilité : 0.

Je sentais bien que Béa se moquait de moi. Elle, c’est une abeille, elle peut se faufiler partout, personne ne l’entend, tout ça et tout ça. Bah pas moi. Je prends plus de place qu’une abeille quoi.

Même que je devais avoir l’air d’un éléphant qui entre dans une boutique de porcelaine. Je ne suis vraiment pas subtile. J’avais bien entendu que Monsieur Lis jouait du piano. Je l’avais bien entendu. Mais non. J’avais senti que c’était triste. C’était l’impression que cela m’avait donné en écoutant. Mais…

J’ai raté tout ce beau moment… Enfin je crois. La musique ne s’était pas arrêtée. Ce n’était pas vraiment la pire affaire du monde ? Mais j’entrai quand même, je marchai dans l’appartement. Faisant presque attention pour ne pas faire de bruit Comme si mon entrée n’avait pas été des plus bruyante, comme si rien ne s’était passée. Comme si tout était presque tout à fait normal. Mais bon, ne pas être chez moi, ce n’est pas normal… J’avais l’impression que par moment tout était beaucoup trop étrange.

Sans encore une fois aucune subtilité, je retirai mes souliers, ce qui fut une tâche assez facile, puis je fis de mon mieux pour retirer mon manteau. AH ÇA LÀ ! J’ai toujours de la difficulté. On dirait que mes manches de mon manteau son trop étroite, du coup, j’ai du mal à en faire sortir mon plâtre… Bon. J’allais porter mes choses, puis je verrais ensuite pour le manteau. Mais auparavant, je m’arrêtai vers Monsieur Lis et le piano et je lançai timidement :

- Ah. Eum… Bonjour… Je ne voulais pas vous déranger… Faites comme si je ne suis pas là.

Soudainement, j’étais comme un peu gênée. Parce que je l’avais probablement dérangé dans ce qu’il faisait. Il semblerait qu’être subtile, ce n’est pas l’une de mes qualités… Malheureusement. Je dois avouer que je n’étais pas certaine de savoir pourquoi j’étais gênée, c’était un peu comme un second chez-moi ici… Mais je crois que je n’arrive pas à me faire encore à cette idée, c’est pour cela que c’est peut-être plus difficile.

- En fait… Pourriez-vous me donner un coup de main pour mon manteau... S'il vous plaît ?… Je n’y vraiment pas…, dis-je d’une mine un peu piteuse, m’approchant de Monsieur Lis et de Monsieur le piano.

Ça me frustrait beaucoup trop de ne pas être fonctionnelle. Beaucoup trop. J’avais envie de faire des tonnes de choses… Mais… Non je ne peux pas.

Je ne peux même pas retirer sans aide mon manteau.
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le Lun 2 Avr - 15:22
Il n'est plus seul. Il a entendu le bruit du sac et des clefs renversés mais la musique le possède trop pour qu'il arrête de chanter tout de suite et il range l'information presque sans la traiter. Son toucher est toujours aussi triste mais son visage sourit doucement, masque inconscient que ses parents lui ont imposé durant son enfance. Les apparences toujours. Il a l'air triste, Maciej, mais d'une tristesse retenue qui passe pour un spleen de bon aloi, bien loin du désespoir qui lui mange l'âme et le cœur. Les apparences. Toujours.

Il n'est plus seul, il joue encore mais sa voix s'est tue. Le silence a suivi les chutes de l'entrée, jusqu'à ce qu'une ombre rousse ne se faufile dans le salon. Mélodie. Il hoche la tête pour la saluer. Ses mains n'ont pas raté un soupir du morceau suivant alors même qu'il ne les regarde plus. Doucement, Beethoven et son « silence » ont pris le relais de Julien Clerc, moins prestigieux. Il sourit doucement à la compagne de son fils. Il est content de sa présence, heureux de voir que l'ours qu'Abishai essaie de faire croire qu'il est a réussi à s'attacher une jeune femme gentille, intelligente et, cela n'enlève rien, plutôt jolie. La voix de la jeune femme vint aussitôt rompre le train de ses pensées et ce n'est pas plus mal. Il termine sa phrase musicale, rajoutant une fioriture pour « clore » le morceau avant de répondre. Il déteste laisser la musique en suspens.

« Mais bien sûr. Si tu me permets. »

Il ferme le couvercle du clavier,s'appuyant dessus pour se relever afin d'être plus confortable pour ôter le manteau. Elle porte sur elle le froid du dehors. Doucement, avec tendresse mais sans ambiguité, il retire les cheveux roux qui s'étaient pris sur le tissu. Elle les porte lâchés depuis quelques temps. Par peur de Sisel ? Peut-être. Il n'empêche que son épouse a raison, cela lui va mieux comme ça. Ils lui donne l'air plus femme.

Précieusement, il plie en deux le manteau et le pose sur le tabouret de piano.

« Bonjour Mélodie. Comment vas-tu ? As-tu passé une bonne journée ? Est-ce qu'une tasse de thé te ferait plaisir ? Cela ne dérangera pas, j'allais justement m'en faire une. »

Pieux mensonge mais il a compris, depuis deux semaines, la peur qu'avait l'enfant de déranger. Déranger quoi ? La maison des Lis est un endroit où chacun fait ce qu'il a à faire dans le respect de l'autre certes mais surtout de soi. Libéré du carcan familial, Maciej n'a jamais voulu imposer quoi que ce soit d'autre que les heures de repas et cela juste parce que les manuels pour jeunes parents insistait sir l'importance de repères réguliers dans la journée. De plus, il est si peu souvent à la maison qu'il a l'habitude de la voir fonctionner sans lui. Il soupire.

« Abishai n'est pas encore rentré j'en ai bien peur. »

Ne pas se laisser prendre par ses pensées. Rester dans la politesse calme qui est la sienne. Cacher ses douleurs et ses blessures. Paraître. Il n'est plus seul.

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le Mar 3 Avr - 0:25
J’aimais bien quand Monsieur Lis jouait du piano. C’était toujours agréable à entendre. J’aime le son, j’aime comment il joue. Il est certain que je n’ai pas une super oreille musicale qui me permet de comprendre toutes les nuances et l’ingéniosité des musiciens, mais je savais que j’aime bien l’entendre jouer, tout simplement. J’eus le droit aux dernières notes de quelque chose, je ne m’y connais pas assez pour dire ce que c’était. Mais c’était bien.

Au moins, cela ne l’embêtait pas trop de m’aider, ça me rassurait quand même beaucoup. En fait, ça me sauvait quand même la vie, parce qu’en vrai, je trouvais ça vraiment déplaisant de devoir faire tout cela seule. Et ça fait quand même un peu mal à mon poignet par moment. Du coup, Monsieur Lis était très gentil de bien vouloir faire cela pour moi.

- Merci beaucoup.

J’étais enfin libérée de mon manteau, je me sentais beaucoup mieux maintenant. Parce qu’avec mon manteau, je commençai vraiment à fondre, même qu’il avait commencer à coller à mon bras valide. Mais j’étais maintenant libérée. Une fois que Monsieur Lis l’eut retiré, je pris le temps d’ajuster de mon mieux ma jupe grise et mon t-shirt blanc qui se prenait pour une blouse.

Monsieur Lis prit ensuite le temps de me poser quelques questions. La base quoi. Comment j’allais…

- Je vais bien…

Enfin, je dis surtout cela pour la forme. La vérité… Je ne sais pas exactement si je vais bien ou non. Je ne crois pas. Ça va mieux, certes, mais je ne vais pas super bien. Je pourrais aller mieux. Je ne sais pas exactement comment. Par moment, j’ai l’impression de ne plus être aussi rayonnante que je le suis habituellement. Je… Je ne suis plus exactement pareil. Je sens encore de la colère me monter ici et là… Même si je ne le devrais pas. C’est une question d’avoir été au mauvais endroit au mauvais moment.

Mais j’en faisais encore des cauchemars. C’est quelque peu moins fréquent, mais cela m’arrivait encore quelquefois, m’empêchant de me rendormir pendant de longs moments par après.

Je n’étais quand même pas pour lui parler de tout cela, ce n’est pas vraiment approprié je dois dire. Enfin, je ne suis pas pour lui en parler. Il doit avoir des soucis beaucoup plus importants de toute façon. Des cauchemars ce sont pour les gamins. Ça allait passer.

Répondre que je vais bien, c’est donner la réponse facile. C’est la réponse avec laquelle les gens ne posent pas de question. C’est la réponse que l’on ne s’interroge pas, la réponse de l’autruche. Finalement, Béa devrait plutôt être une autruche plutôt qu’une abeille ses temps-ci. Je sais bien que je suis trop vieille pour qu’elle change de forme, mais quand même, ses temps-ci ça lui conviendrait parfaitement. Béa n’était pas particulièrement enchantée que je pense à de telles bêtises, elle s’éloigna de moi, pour aller se poser sur le piano de Monsieur Lis.

Je lui fis plutôt un petit sourire. Je le trouvais quand même amusant alors qu’il me posait toutes ces questions, comme s’il voulait vraiment s’assurer que tout allait bien de mon côté. Je lui répondis :

- J’ai passé une bonne journée, j’ai un peu traîné en ville, faire quelques achats…

Ce n’est pas super palpitant comme vie, on doit quand même se l’avouer. Je veux dire, j’ai flâné, j’ai acheté des trucs, j’ai encore flâné, marché. Beaucoup. J’aime beaucoup marcher. Si je le pouvais, je marcherais d’un côté à l’autre de la ville. Comme cette soirée, avec Abi, que l’on avait marché alors qu’il neigeait. C’était super chouette et très joli. Mais bon. Aujourd’hui c’était seule, en pleine journée, quelque chose de complètement différent.

Monsieur Lis me proposa une tasse de thé. Je ne pouvais pas refuser. J’aime le thé, c’est bon le thé, ça réchaufferait mes doigts et mon cœur. Le thé, le chocolat chaud, ce sont deux choses que je trouve qui rassure. C’est comme manger une palette de chocolat ou de la crème glacée. On peut prendre cela, sans trop se sentir coupable… Du moins, le thé beaucoup moins que le reste. Je me mangerais bien de la crème glacée. J’ai bien hâte que l’air se réchauffe afin que les crémeries ouvrent de nouveaux leurs portes.

Je raffole beaucoup trop de la crème glacée. Mais ce ne serait pas pour aujourd’hui. Mais un thé on ne dit pas non. Jamais. Même si c’est ma deuxième de la journée.

- Ça me ferait grandement plaisir une tasse de thé.

Je pris tout doucement pour aller le porter à l’endroit où il devrait être, donc dans l’entrée, sinon j’allais me mettre à le chercher comme une folle du moment où j’en aurais de besoin. C’est en revenant vers le père d’Abi, qu’il m’informa que mon ami n’était pas entré. En réalité, ça me dérangeait pas du tout. Je m’étais dit que je pourrais me mettre au bouquin que j’étais en train de lire ou me trouver une autre activité qui pourrait être intéressante.

- Pour Abishai, ce n’est pas très grave, vous savez. Et vous ? Vous allez bien ? Vous ne vous êtes pas trop ennuyé parce que nous étions tous partis ?

Je lui dis ça avec un petit sourire. C’était plus pour plaisanter qu’autre chose. Je me doutais bien que cela ne le dérangeait pas vraiment que nous soyons partis. La solitude, ça ne fait pas de mal par moment, au contraire.

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Merci Vilmos hihi
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le Mar 10 Avr - 1:59
Je vais bien. C'était l'antienne de la maison. Ils allaient tous bien. Sisel et sa folie, Abishaî et sa balle dans l'épaule, Mélodie et son poignet dans le plâtre, lui et sa jambe immobilisée, tous ayant vécu dans leur chair la folie meurtrière des autres. Tous ayant survécus mais gardant en mémoire, au détour d'un cauchemar les souvenirs de l'horreur. Ils allaient bien. Le monde continuait de tourner. Ils étaient en vie. Pour la plupart, les séquelles physiques disparaîtraient pour ne laisser que les cicatrices des esprits. Ils iraient bien encore longtemps avant que celles-ci ne se rappellent à lui. Il se souvenait de ses paroles à lui face à ces questions là. Lui aussi allait bien. Une seconde avant de tomber dans le ravin il y croyait encore.

Maciej ne relève pas le mensonge. Il en comprend l'utilité. Il est important de dire que l'on va bien parfois. Il est crucial même d'avoir le droit de ne pas aller bien et ne pas avoir envie de le partager avec n'importe qui. Il espère simplement, parce qu'il l'apprécie, qu'elle est capable de répondre autre chose à Abishaï lorsque c'est lui qui pose la question. Qu'elle a quelqu'un, même extérieur à la maison à qui elle peut confier ses doutes, ses peurs, sa colère peut-être. Toutes ces émotions contenues dans trois simple mots. Suivant des yeux l'abeille, il se demanda soudain si ce vol n'était pas une sorte de langage, au delà de la distance qu'elle mettait entre le mensonge de son humaine et sa présence à elle. Paloma, de son côté, restait sur le tabouret de piano. Son aile droite tristement basse de la blessure du pianiste. Il s'était brisé les ailes, clairement et il le regrettait avec une amertume qu'il avait du mal à exprimer. Au bout d'un mois seulement, au bout d'un mois déjà, Toronto lui paraissait triste et étriqué. Il avait envie de voir le monde à nouveau. De voir des gens sourire, et oublier les attentats, les tensions et les problèmes. Et puis, soudain, une absence. Il tourne la tête. Bea est seule. Il tend l'esprit, pas de colombe. Perdu, il arrête d'écouter son invitée. Et puis, d'un coup, tout redevient normal. Doucement, comme pour se gronder lui-même de sa bêtise, il secoue la tête et reprend sa marche vers la cuisine, pièce qu'il ne hante que pour y trouver de l'eau chaude et des feuilles séchées.

« Vous aimiez celui à la pêche je crois » fait-il pour rompre un peu la glace lui rappeler leur première rencontre. Il verse de l'eau dans une bouilloire électrique, enclenche le mécanisme, sort deux tasses à haut bord typiquement américaines et du thé en sachet de marque française. Noir aux notes d'agrume pour lui, pêche pour elle. C'est l'alpha et l'oméga de son art culinaire et encore, il est heureux quand l'eau chaude ne vient pas goutter sur le plan de travail.

« Avec le piano, j'avais à peine remarqué. » répond-il, un léger sourire triste aux lèvres qui est révélateur chez lui d'une forme quelconque d'humour. Il sait qu'elle sait qu'il apprécie de temps à autre sa solitude. Vivre avec Sisel est souvent épuisant. Surtout lorsqu'on l'aime. Vivre avec Abishai l'est tout autant, pour d'autres raisons. Il y a les disputes avec Nadia et les relations avec son agent. Et celles, plus cachées avec sa famille pour les tenir loin des siens.

« Il faudrait, jeune fille, que je vous parle d'un sujet un peu sensible, si nous avons le temps et que cela ne vous ennuie pas trop ? Rien qui ne remette en cause votre attitude parmi nous, rassurez vous. Vous ne sauriez être plus polie et plus discrète mais c'est malheureusement quelque chose sur lequel je n'ai que peu d'influence et vous aucune. »


Dernière édition par Maciej Lis le Ven 20 Avr - 14:22, édité 1 fois

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le Mar 10 Avr - 2:38
Je souris. Je suis ravie. Un thé à la pêche. Difficile de refuser. Il semblerait qu’il se rappelle que j’apprécie le thé à la pêche. Ça me rend particulièrement heureuse.

- Je crois que c’est l’un des fruits que je préfère.

C’est drôle comment un thé peut remonter le moral en quelques secondes avec une saveur que l’on apprécie particulièrement. Je dois quand même avouer que ma liste de fruits que j’apprécie est plutôt longue. J’aime les melons, les poires, les raisins… Mais bon un thé aux raisins, ça je n’en ai jamais vraiment vu. Je ne suis pas certaine que je veuille essayer également, ce serait beaucoup trop étrange.

Sans attendre, Monsieur Lis avait sorti des tasses, s’était mis à faire chauffer l’eau, tout sortir le matériel nécessaire pour faire du thé en somme. J’avais bien hâte que l’eau soit complètement chaude, que je puisse y goûter, me brûler la langue. Enfin, bon, de boire mon thé quoi!

Mais pour le moment, Monsieur Lis resta évasif sur mes questions. Il avait « à peine remarqué » que nous n’étions pas là. Oui. Mais non. Pas du tout. Je suis certaine que ce n’est pas vrai. Non mais je ne suis pas idiote non plus hein. Mais je ne crois pas qu’il veuille en parler. Enfin, c’est un peu l’impression que j’ai.

D’ailleurs, ce n’est pas difficile de remarquer le silence. Oui, bon en vrai, c’est vrai qu’il arrive parfois que le silence nous fait oublier des choses… Mais ça c’est quand on regarde Doctor Who. Bon, okay, je ne crois pas qu’il connaisse ma référence, je vais la garder pour moi-même. Je crois que ce serait beaucoup mieux. Mais c’est vrai que le silence est agréable. C’est quand même rassurant parfois le silence. Effrayant à d’autres moments. Effrayant quand on se retrouve seul avec le silence et toutes nos pensées négatives qui nous entourent. Le silence n’est pas réconfortant. Pour être réconforter, les bras d’une autre personne est beaucoup plus valable que le silence.

Finalement, je ne suis pas si certaine que cela que j’apprécie le silence. Je pense que je préfère être entourée d’autres personnes. Les autres personnes sont beaucoup plus rassurantes.

Mais vaut mieux ne pas s’embarquer dans tout ça.

Il m’inquiéta. Non mais. Comment ne pas être rassurée ? Comment ne pas s’inquiéter lorsqu’on nous dit que… D’abord il m’a appelé « jeune fille », cela sonne très « papa protecteur, j’ai dû faire une bêtise ». Et en plus il veut parler d’un sujet sensible. Il faut parler de quelque chose. Dire des trucs importants. Je déteste cela, ça me met mal à l’aise.

Mon cœur s’est mis à battre beaucoup plus rapidement.
Mes joues devinrent complètement rouges.
Mais il n’y a qu’un seul scénario qui se joue actuellement dans ma tête :

Il va me gronder.
Ça y est, j’ai dû faire quelque chose de mal.
Je n’aurais pas dû.
Il va me gronder.
J’en suis certaine.
Il va vouloir que je quitte l’appartement, cela va de soi.

Mais… Finalement non. Il semblerait plutôt que mon attitude avec eux soit correcte, du moins que cela lui convienne… Même si je pourrais probablement faire un peu plus. Il me trouve polie et discrète. Tant mieux, c’était quand même quelque chose que je désirais. Je ne voulais pas les embêter. Je commençais quand même à connaître leur mode de vie, bien différent les uns des autres, ce qui est quand même un peu particulier. J’ai l’impression que cela manque un peu de cohésion par moment. C’est presque tendu. Presque. Je n’en suis pas certaine. Parfois c’est lourd, ça je le sentais tout particulièrement. Béa aussi.

- Eum… Oui… Allez-y ? Ça… Ça ne me dérange pas, comme vous le dites, nous avons du temps pour parler.

Mais… C’est quand même un peu effrayant. Il me fait un peu peur. Je sais bien que ce n’est pas à cause de ce que je fais, je crois bien l’avoir remarqué. Mais lorsqu’un homme nous dit, il faut parler d’un sujet… Ça fait peur. Beaucoup. La dernière fois, ça s’est terminé en rupture amoureuse. Je me doutais bien que cela n’allait pas être le cas, cette fois-ci, mais je n’arrive pas à m’imaginer que cela soit quelque chose de positif. D’ailleurs, c’est pour cela, que j’hésitais énormément en lui parler. C’est vrai que cela ne me dérangeait pas. J’étais quand même curieuse, de savoir ce dont il voulait me parler. Peut-être d’Abishai. C’est quand même l’une des points, sujets sérieux qui mérite probablement que l’on aborde.

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Merci Vilmos hihi
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le Ven 20 Avr - 15:01
La pêche est un fruit à chair ferme mais juteuse. Blanche, elle a un goût fin, un peu acide, la rendant parfois filandreuse. Jaune c'est une explosion de sucre. De vigne, aux teintes rosés, c'est un parfum et des souvenirs d'été dans le sud de la France, simplement prises sur les arbres à l'heure du goûter quand la principale cause de stress était de ne pas tâcher sa chemise de peur de se faire gronder. La pêche lui rappelle aussi l'Italie et ses sorbets aux vrais fruits. Il a envie de retrouver ces plaisirs simples mais il sait que la mémoire lui joue des tours et que l'angoisse des tâches était aussi celle des coups en cas d'échec. Que l'Italie était une fuite. Il prend une gorgée de boisson chaude. Pour oublier dans la brûlure les mauvaises pensées qui l'assaillent.

La jeune femme devient pivoine et semble soudain dans ses petits souliers. Maciej l'imagine aussitôt se rappeler tous les petits manquements que l'on imagine avoir fait. Elle est adulte pourtant et il l'a toujours traitée comme telle, il est étonnant de la voir ainsi prendre un rôle d'enfant. D'un geste de la main, il lui désigne le canapé et va, clopin-clopant, s'asseoir à son tour, en face, dans l'un des fauteuils à haut dossier qui entourent la table basse. D'un geste, il ouvre le mécanisme qui permet d'étendre les jambes. Paloma semble clignoter, c'est bizarre. Il est pourtant bien à moins de dix mètres. Elle s'installe soudain contre sa hanche et il est soulagé de la voir contre lui. Il pose tendrement sa main libre sur les plumes de son âme sœur. Elle est solide sous ses doigts. C'est bien. Elle a toujours été son plus grand soutient.

« Mélodie, vous êtes une jeune femme intelligente,sensible et votre présence parmi nous est un plus pour notre maison. Vous ne vous en rendez peut-être pas compte mais je vous assure que c'est un plaisir de vous savoir ici. Et même s'il est possible qu'Abishaï grogne le contraire juste pour le plaisir de me contredire, je vois bien qu'il pense comme moi. »

Il fit une légère pause pour reprendre une gorgée de thé,moins chaude cette fois. Mais il devait continuer. Il ne pouvait pas la laisser à s'angoisser, la pauvre petite.

« Il y a cependant un revers à votre présence parmi nous. » comment amener ça. Comment ne pas la braquer. Il se sait sur la corde raide. Un mot mal placé pourrait tout détruire et ça, Abishai ne lui pardonnerait jamais. « Ma célébrité attire parfois des gens mal intentionnés qui aiment mal interpréter certaines choses pour augmenter leurs ventes. J'ai normalement un droit à l'image qui me fait approuver tout ce qui serait publié sur moi ou sur mes proches mais ces gens préfèrent s'excuser que de suivre les règles. Il est possible qu'un jour ou l'autre, l'on voit une photo de vous et moi, avec un sous-titre tendancieux ou alors une remarque sur votre relation avec mon fils. Je ferais évidemment de mon mieux pour que cela n'arrive pas mais je veux que vous en soyez consciente. Il est également possible qu'un jour, quelqu'un vienne à vous pour vous poser des questions sur moi. Sur Abishaï. Ou sur Sisel. Elles vous paraîtront anodines certainement et se feront autour d'un café. Il est aussi possible qu'on vous promette une bourse en échange, ou bien une belle somme d'argent. Mais vous connaissant, je crois que le café fonctionnerait davantage. Vous n'êtes pas vénale. » Une autre gorgée. « Je voudrais que vous gardiez en tête que vos propos seront transformés. On vous fera passer pour ce que vous n'êtes pas. On va utiliser vos mots, les sortir de leur contexte, les déformer. Il n'y a pas de bonnes intentions chez ces gens. Ils ont déjà détruit Sisel, explosé sa vie, abîmé son esprit et son cœur... je vous en supplie, ne les laissez pas vous faire du mal à vous aussi. Ne croyez rien de ce qu'ils vous diront, même s'ils se font passer pour des membres de ma famille ou des gens bien renseignés. Si vous avez le moindre doute. Si vous avez la moindre peur, je veux que vous me promettiez de ne pas vous enfuir et de venir directement m'en parler. J'ai contre eux des armes qui peuvent les éloigner et les faire taire. Mais je ne peux pas les utiliser si vous cherchez à me protéger ou à protéger Abishai en disparaissant brusquement... »

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le Dim 22 Avr - 3:59
Je remerciai Monsieur Lis de ce thé avec un immense sourire. Je ne dois pas m’en faire. Je suis certaine qu’il n’y ait aucun problème avec moi, que tout va bien. Sinon… Je n’aurais pas de thé, n’est-ce pas ? Enfin, j’avais maintenant mon thé en main. Pour m’aider à le transporter je l’accotai sur mon plâtre. Ça pouvait au moins servir à quelques choses pour une rare fois. Je n’ai pas encore osé faire des bêtises dessus. Habituellement, les enfants aiment bien écrire des messages ou y faire des dessins… Mais bon. J’avais un petit mot de Ludo dessus, une bêtise, comme à son habitude. Mais au moins, l’intention y était ?

Tout ça pour dire que finalement je m’installai sur le canapé. Ça fait quand même du bien de s’asseoir après une bonne journée à marcher. Mais je dois admettre que je commençai quand même à avoir hâte de voir tout ce qu’il allait me dire. Je dois être un peu trop impatiente.

Mais bon, il commença. Je dois quand même admettre que ses compliments me faisaient un peu rougir. Je veux dire… Bon, c’est vrai que je ne suis pas bête, contrairement à Ludo (en vrai, il n’est pas bête, enfin, il fait exprès pour me faire peur, c’est un peu la même chose finalement). Mais je n’ai pas non plus un doctorat dans un truc méga spécialisé dans les mathématiques. Je suis un peu banale en somme… C’était quand même touchant de savoir que quelqu’un nous trouve intelligent. Bon, sensible il n’a quand même pas tort. Et j’étais tout particulièrement heureuse de savoir que je faisais une petite différence auprès des gens qui se trouve dans leur maison. Et je crois qu’il a encore plus raison en me disant que je ne m’en rendais pas compte… Et qu’Abi grogne. Ça me faisait bien marrer l’idée d’Abi qui grogne. Comme s’il était un animal. Et lorsque je suis avec lui, il ne grogne pas vraiment. Il fait l’idiot lui aussi, il dit n’importe quoi. Il me fait bien rire. Je dois quand même l’admettre.

Je soufflai sur mon thé, question de ne pas que ma bouche meurt, complètement brûlée. Je m’aventurai à prendre une gorgée. Je l’aimais bien chaud, mais pas brûlant. Du moment qu’il était un peu trop refroidi, j’en finissais toujours un peu déçue. Ma gorgée prise, je posai ma tasse sur la table qui se trouvait entre nous, la tasse commençait à être un peu trop chaude pour mes petits doigts. Et je me forçai à me concentrer sur les paroles de Monsieur Lis.

Ce qu’il a dit m’étonna. Non mais… Enfin… Si… Un peu. Je ne m’attendais pas à cela, tout simplement. J’avais envie de rigoler en vrai. Je m’imaginais tellement des trucs « pires » que ça. Mais si je ris, je pense qu’il va trouver ça totalement déplacé. Je dois quand même rester un peu sage.

Mais je comprenais. Je ne connais pas vraiment tous les tracas que Monsieur Lis vit, mais ça semblait quand même assez important. Dans un sens, cela m’apparaît plus que logique ce qu’il disait.

Alors qu’il parlait, Béatrice vint se poser près de la colombe, un peu plus loin. Béa se sentait soucieuse. Je n’étais pas trop certaine de comprendre pourquoi… Alors pendant que Monsieur Lis parlait je regardai la colombe, le père de mon ami ainsi que ma petite abeille. Une fois qu’il termina, je pris rapidement la parole.

- Il faut quand même savoir que je ne compte pas disparaître. Vous, Sisel et Abishaï, vous ne me faites pas peur, je veux continuer de vous embêter après tout, dis-je en plaisantant.

Je ne voulais quand même pas qu’il le prenne mal. Je lui disais cela en souriant. Mais je sais bien que Monsieur Lis n’a pas particulièrement envie de rigoler. Je préférais reprendre un peu de mon sérieux afin de poursuivre notre discussion. J’aurais pu dire que je n’aime pas boire de café, comme ça les gens ne pourraient pas m’acheter avec cette boisson, mais je comprenais très bien ce qu’il voulait dire.

- Je comprends très bien ce que vous dites. Et rassurez-vous, j’aime beaucoup parler, mais je n’ai nullement envie de parler avec des étrangers de vous ou d’Abishaï, ce ne sont pas de leur affaire. D’autant plus s’ils veulent déformer mes propos. Ils peuvent garder leur argent et leur café, cela va de soi.

C’est vrai que je ne suis pas riche, je n’ai pas une fortune qui me permet de vivre dans le luxe. Je n’ai pas grandi dans cette idéologie. Ce n’est pas l’argent qui fait mon bonheur. J’ai un petit appartement confortable qui me manque, mais dans lequel je suis bien. Tout comme je commence à être bien ici, mais je suis encore mieux lorsqu’il me prend dans ses bras. Et c’est tout ce dont j’ai de besoin. Je n’ai pas besoin de parler avec des peut-être membres de leur famille, comme je n’ai pas besoin de voir des étrangers et de leur parler d’eux.

Je repris ma tasse afin de prendre une autre gorgée.

- Je ferais attention, je vous le promets, je ne partirais pas et je… je tiens quand même à vous… vous tous.

Ok. C’était sorti spontanément. Ce n’était pas ce qu’il y avait de mieux. Mais d’un autre côté, il pouvait bien voir que c’était sincère et que jamais je comptais parler de la vie privée. De toute façon, les mots le disent… C’était du domaine du privé. Du coup, les autres n’avaient pas à être au courant.

J’avais bien envie de lui demander ce qui s’était passé à sa femme. La curiosité m’emportait, elle m’emportait toujours. Mais je crois que ce serait tellement déplacé de lui demander. Ce doit être tout de même douloureux pour lui de se remémorer de telles choses. Le mieux, c’était de laisser tout cela de côté.

Mais…

Devrais-je avoir peur ? Devrais-je craindre pour… moi ? Parce que Sisel.
Je… ne voudrais pas qu’il m’arrive la même chose…
Serait-ce possible ?
Mais… En vrai, j’ai un peu peur et d’un autre côté, je n’ai aucune idée de ce qui s’est réellement passé. Je panique un peu trop pour un rien.

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le Jeu 26 Avr - 13:13
Il eut l'ombre d'un sourire triste alors que l'illusion d'une Sisel jeune se superposait à la jeune femme souriante en face de lui. Il se souvenait de l'impression d'invulnérabilité qu'il avait à leurs âges, avant de prendre conscience de l'affreuse réalité du monde réel. Avoir vingt ans, se sentir fort, vivant, immortel. Et être soutenu de certitudes que l'expérience n'a pas encore fait voler en éclat. Il l'admirait, l'enviait et la plaignait en même temps. Par combien de désastre allait-elle devoir passer avant d'être comme lui, vieillie par la vie, les gens, le monde. Il ne dit rien. Sisel aussi avait dit qu'elle ne disparaîtrait pas quand il l'avait quittée pour la première fois. Elle lui avait assuré qu'elle était assez forte, qu'elle n'avait besoin que de lui, qu'elle l'aimait et il avait été sage alors, de lui tourner le dos. Bien plus qu'il ne l'avait été des années plus tard en la retrouvant.

Et depuis ? Ils avaient réussi à la détruire. A la convaincre de l'abandonner. Et un jour, elle avait disparu. Il ne l'avait plus jamais revue. Même lorsqu'il l'avait retrouvée, elle n'était plus que l'enveloppe de l'esprit brillant qu'il avait tant aimé. Cette jeune femme serait-elle à son tour broyée par la mâchoire des Lis ? Pas s'il pouvait l'empêcher. Il avait manqué à son épouse en s'éloignant trop souvent, trop longtemps, il resterait là. Il trouverait des moyens. Des solutions. Il soupira. Baissa la tête. Il pensait vraiment que c'était son devoir et, pourtant, il avait déjà envie de fuir Toronto. De retrouver la liberté des hôtels et de la solitude. La beauté de sa musique. Les merveilles de l'Europe. Il releva les yeux sur elle, juste pour la voir rougir.

« Je sais bien que vous tenez à nous, Mélodie. Soyez assurée que c'est réciproque. Je n'ai jamais eu de fille mais si vous étiez de mon sang, je ne saurais être plus fier de vous. »

Il ne s'avança pas pour Abishai, même s'il savait parfaitement que l'attachement que son fils ressentait pour la jeune femme n'était pas de ceux qui s'effacent à la première tempête. Ils étaient ainsi, père et fils, il savaient reconnaître du premier coup d'oeil une âme sœur. Cependant...

« Les gens dont je vous parle sont très doués pour retourner les bonnes intentions contre les gens de bien, c'est pour cela que je me permets d'aborder le sujet avec vous. Il n'est pas dans votre nature de vous méfier – et je prie tous les jours pour que cela continue, il est mauvais d'imaginer sans cesse le pire de son prochain – mais je les connais et je les sais très habiles à obtenir ce qu'ils veulent. Si jamais vous vous rendez compte après coup que vous avez laissé échapper des choses que vous n'auriez pas du, je veux que vous veniez également me voir. Je ne serais pas en colère contre vous. Je tenterais simplement de mon mieux d'utiliser une de mes armes pour étouffer dans l’œuf le moindre embryon de souci. N'hésitez jamais à me parler, à me questionner ou à venir me voir. Je suis toujours disponible pour les miens. »

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le Ven 27 Avr - 0:00
Ok… La technique du : tout va bien aller, il ne faut pas s’en faire… Ça ne marche pas, il semblerait. Monsieur Lis veut vraiment que je fasse attention, je le sens. Je veux dire, avec tous ses propos, il est normal que je me pose une tonne de question. Mais je ne comprends pas ces gens-là. Pourquoi être méchant ? La violence, le chantage, ça ne mène à rien, selon moi. Ce n’est pas une bonne façon de résoudre des conflits. Tout ça, c’est une façon pour faire peur aux gens, que l’on se méfie et que l’on s’empêche de vivre.

Ça fait penser à l’attentat d’ailleurs.

Je regardai mon thé. J’en fais encore des cauchemars et ça m’effraie encore. Ça pourrait recommencer absolument n’importe où, n’importe quand. Même au musée. À quel point sommes-nous en sécurité pour vrai ? En vérité, je ne crois pas qu’il y ait une bonne réponse. Sinon, s’il a une bonne réponse… Elle doit être tout particulièrement déprimante.

Ça me fit frissonner.

Et avec tout ça, sa flatterie, quoique bien gentille, me laissait un certain goût amer dans la bouche. Je vois bien qu’il veut faire attention à moi. Je suis quand même capable de me débrouiller toute seule. Je pense qu’il y a quelques garçons que je connais qui veulent me protéger également. Ludo, ça a toujours été son intention, je le sais bien. Et je me doute bien qu’Abi va vouloir faire de même. Donc… Tout ça mis ensemble…

Mais j’ai quand même besoin de certains détails.

- Pourquoi sont-ils aussi méchants ? Qu’est-ce qu’ils gagnent à vouloir faire autant de mal ? Ils en n’ont pas encore fait assez ?

Je regardai de nouveau Monsieur Lis, mine un peu triste, je ne pourrais pas le cacher. Je ne comprenais pas leur motivation. Et je m’inquiétais de plus. Je veux dire. Ce n’est pas SI grave ? Si ? Non ? Pourquoi les choses ne peuvent seulement pas être simples ? C’est ma faute ?

J’avais beaucoup de question qui me venait en tête. Je veux être certaine qu’il n’y aurait pas un problème. Il y a toujours un problème en vrai. Non mais c’est parfois une vraie plaisanterie. Bon, ce n’est pas ma faute il fut quand même que je me calme un peu avec tout cela. Ce n’est pas grand-chose, ce n’est pas très …

Non c’est quand même assez grave, en tout cas, c’est important. Il faut que je continue de lui poser mes questions. Je n’ai pas d’autres choix.

- Il ne va rien m’arriver de grave ? Parce que… Je me fais quand même un peu de souci par rapport à ce que vous dites...

Un peu ? Je crois que ce n’est pas le bon terme. Mais je ne voulais pas non plus paraître très vulnérable devant lui. Je ne veux pas que l’on croie que je suis une petite chose fragile qu’il faut protéger à tout prix. Ça allait aller. Il le faut. Si j’ai un problème, je n’ai qu’à appeler Monsieur Lis, je peux venir le vois, ce n’est pas comme si je ne savais pas où il habite.

Mais je ne veux pas non plus qu’il ait de problème à cause de moi non plus. J’ajoutai également la question qui me brûlait les lèvres depuis un moment déjà. Elle n’avait pas le choix de sortir, celle-là, mais je fis quand même de mon mieux pour ne pas la dire de façon brusque, c’est pourquoi elle sortit de façon tout particulièrement hésitante.

- Est-ce que… Je ne veux pas paraître indiscrète, mais… ils ont fait quoi à votre femme ? Parce que vous avez quand même dit que c’était leur faute pour elle… En vrai, je me fais du souci pour elle… Elle va guérir ?

En même temps, il n’avait pas voulu m’en parler, il n’aurait tout simplement pas du dire que c’est de la faute de gens mal intentionné si sa femme avait quelques problèmes. C'est juste que je sais, j'ai le sentiment que c'est un sujet très sensible... enfin à être à sa place, je trouverais que ce sujet est sensible à aborder. Du coup, je ne lui en voudrais pas si jamais il ne veut pas m'en parler, je suis sage sur ce sujet.

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le Mer 2 Mai - 15:12
Pourquoi. C'est la grande question, celle qu'il a passé une vie à tenter de résoudre. Pourquoi papa ? Pourquoi maman ? Pourquoi contre moi ? Il était sage pourtant. Il avait tout accepté, tout supporté sans se plaindre. Il avait quitté l'amour de sa vie, épousé une mégère qui avait ajouté de nouveaux coups à sa collection de cicatrice, jusqu'à l'écat de porcelaine qui avait atteint son visage lors d'une dispute particulièrement violente. Il n'avait fait qu'une entorse, celle d'aimer ailleurs et encore l'avait-il fait en cachette, sans bruit et ni remous. Et on lui avait enlevé ça aussi. Pourquoi ? Parce qu'Abishai. Parce qu'un fils changeait tout et qu'Ophélie était stérile. Aurait-il aimé un fils de cette femme comme il aimait celui que Sisel lui avait donné ? Il ne le saurait jamais. Tout ce qu'il savait c'est que ses parents avaient détruit sa vie, brisé son cœur, abîmé son courage. Pourquoi ? Parce qu'ils le pouvaient. Parce qu'ils ne comprenaient que la force. Parce qu'ils pensaient que détruire décourageait les gens de bien. Malgré sa colombe, Maciej n'était peut-être pas un homme de bien. Cela avait eu l'effet inverse. Acculé, il avait apprit à rendre coup sur coup.

Cela ne le rendait pas heureux. Il n'en avait pas une meilleure estime de lui-même, au contraire, il détestait cette facilité qu'il avait à comprendre les raisonnements des siens. Il se savait aussi boueux qu'eux, voire même plus. Et Abi...même lui commençait à se corrompre à trop de contact avec ses gens. C'était sa limite. Il refusait qu'on abîme plus d'esprits. Ils avaient assez payés. Si pour cela il devait encore se perdre lui, et bien c'était un mal pour un bien. Au fond, il était déjà perdu.

« Mes parents, j'entends par là mon père, ma mère mais aussi mes nombreux cousins à plus ou moins de degré, rêvaient mieux pour moi que cette vie là. Ils me voulaient dans leur monde d'argent et d'OPA, ou à défaut, ils auraient aimé que je serve leurs intérêts. Que je leur donne un héritier qu'ils pourraient former à leur guise pour gagner toujours plus d'argent. Au début, ils se servaient de ce levier pour me faire obéir. Fait ce qu'on te dit sinon, on te coupe les vivres et tu ne pourras plus payer ta maison, ton piano, tes passions. Ils n'avaient pas prévu que le public apprécie ma musique et, depuis longtemps, je n'ai plus besoin d'eux pour assurer mon train de vie, je gagne ma propre fortune, en faisant rêver les gens plutôt qu'en les détruisant. »

Il passa sous silence les coups et les menaces. Il ne voulait pas parler de ces moments qui l'avaient marqué aussi profondément ; Il n'était pas question de parler de lui plus que nécessaire, il fallait répondre à Mélodie.

« J'ai rencontré Sisel lorsque j'avais à peu près vos âges, à l'Université de Toronto. J’eus le bonheur de l'apprivoiser et nous avons vécu quelques belles années à faire les fous mais ma famille avait d'autres projets pour moi. J'ai du la quitter et épouser la jeune femme qu'ils avaient prévu. Malheureusement, ce mariage était une erreur. Je m'éloignais de plus en plus, passant ma vie loin d'elle en tournée et c'est en tournée que j'ai retrouvé Sisel. Je n'ai pas su résister, j'ai cru que je pourrais mener deux vies. Une pour mes parents avec Ophélie, une autre pour moi, avec Sisel. J'ai eu tort. Pendant quelques temps cependant, tout allait bien. Abishai nous avait rejoint et nous étions heureux tous les trois. Et puis, un jour, j'ai du m'éloigner pour le travail. Une tournée dans le monde dont plusieurs mois au Japon. Lorsque je suis revenu... »

Il baissa les yeux qu'il avait jusqu'ici gardé fixés sur Mélodie. Sa voix se mit à trembler un peu, ses mains de même. Ce souvenir était toujours aussi douloureux et la culpabilité ne l'avait jamais quitté. Il aurait du savoir. Il aurait du prévoir. Il aurait du deviner, la protéger, les protéger. Comment pouvait-il jamais se pardonner d'avoir été aussi insouciant ? L'état de Sisel était un rappel constant de son inaptitude.

« Il n'y avait plus personne dans l'appartement vide. Mes parents avaient fait jouer leurs contacts pour détruire la carrière de Sisel. Elle avait été renvoyée de l'université où elle enseignait, bannie des laboratoires de recherche, elle était la risée de sa communauté. Pire même, ils l'avaient convaincue qu'elle ne ferait que me blesser en restant avec moi, qu'elle me retenait en arrière et, par amour, Sisel a accepté de renoncer à moi, de s'enfoncer dans la pauvreté et l'anonymat, seule avec notre fils qu'elle ne voulait plus m'imposer. »

Il déglutit.

« Voilà qui sont mes parents Mélodie. Voilà pourquoi Abishai a abandonné leur nom pour garder celui de sa mère. Voilà pourquoi je me méfie de gens qui pourraient vous parler. Voilà pourquoi j'insiste pour que vous ne disparaissiez pas et veniez me dire si vous rencontrez des difficultés soudaines. J'ai depuis divorcé d'Ophélie, fait un procès à ma famille pour leur interdire de communiquer avec mon fils ou ma nouvelle femme, j'ai retrouvé Sisel mais je l'ai retrouvée trop tard. Brisée. Je ne suis pourtant pas sans défense et tant que vous communiquez avec moi, il ne pourra rien vous arriver. Mais il faut que vous en soyez convaincue car si vous les croyez, si vous me fuyez ou fuyez Abishai, alors je ne pourrais rien pour vous. »

Il n'a pas la force de sourire. Pas la force de relever la tête. Elle doit être terrorisée, la pauvre. Et encore, il a passé le pire sous silence mais il ne veut pas être à nouveau trop confiant, il ne veut pas être encore responsable de la destruction d'un bel esprit. Il ne supporterait pas une nouvelle défaite.

Les yeux fixés sur son thé, toujours tremblant aux souvenirs des horreurs passées, il attend le verdict.

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le Ven 4 Mai - 2:20
Je suis dégoûtée. Mais tellement. Beaucoup trop. C’est du n’importe quoi. Du gros, très gros n’importe quoi. Non mais c’est… ARK. Ça me dégoûte. Je déteste tout ce que j’ai entendu. Je ne comprends pas comment des gens peuvent être aussi méchants, pourquoi des gens veulent autant détruite des vies, faire du mal à des personnes qui ont seulement demandé d’être heureux. Ils s’aimaient, ils voulaient être ensemble et voilà que quelqu’un à tout mis en l’air.

Et pourquoi !? Qu’est-ce que tout cela leur avait donné ? Avaient-ils eu de la satisfaction ? Pitoyable. Ça me mettait en colère. Mais tellement. Beaucoup trop. Je ne les connaissais pas, mais je les détestais déjà. Ils me rendent malade.

Sur le coup, je ne savais pas quoi dire. Je me trouvais ridicule à écouter toute cette histoire et de ne pas avoir un mot à placer. Je… ARG. Mais! Voilà, mais! Mais quoi. Je n’en sais rien.

Mais ils ont détruit la vie d’une femme! Et cela avait causé du mal à Monsieur Lis, ça se voyait bien. Et je suis plutôt certaine que cela avait eu un impact sur Abi. Tout ça, c’était particulièrement déprimant.

Mes émotions étaient particulièrement mélangées. De la colère, cela va de soi, mais également de la tristesse et une certaine compassion. J’avais envie de faire un gros câlin à Monsieur Lis, j’ai l’impression qu’il en avait de besoin. C’est le sentiment que j’avais, j’ignore à quel point j’ai raison. Mais si j’étais à sa place, si tout cela arriverait, je crois que je voudrais un immense câlin. Mais je ne crois pas qu’il apprécierait. Enfin, il pourrait apprécier, mais…

Ce serait un peu étrange. Câliner le papa d’Abi… Dis comme cela, c’est vraiment étrange.

Du coup, je me levai et m’approchai de lui. En fait, je vins m’asseoir sur la table qui nous séparait auparavant, posant mon thé à côté de moi. Ok, je fis tout de même attention afin de ne pas le faire tomber.

Il y avait eu un silence, quand même assez long. Le temps que je me déplace, le temps que je trouve les bons mots. Parce que pour une fois, j’avais pris le temps de réfléchir sur ce que j’allais lui dire. Parce que ce n’était pas évident. Dire à quel point cela me mettait en colère ne servirait à rien, parce qu’il doit l’être tout autant, si ce n’est pas plus et la tristesse, cela n’aiderait pas. Du coup, je préférai opter pour une approche plus douce, calme, optimiste et compréhensive.

Je lui parlai donc doucement :

- Ce… Ce doit être vraiment difficile pour vous.

Une petite pause. Tranquille. Je n’étais pas pressée, je posai ma tasse de thé à côté de moi, sur la table. Je regardai l’homme devant moi qui trouvait que sa tasse était beaucoup plus intéressante. C’est comprenable.

Et c’était tout aussi comprenable sa demande. Après tout ce qu’il avait dit, je crois qu’il serait bien de l’écouter et de faire ce qu’il dit. Je ne me sauverai pas. Je n’en n’ai pas envie. J’avais beaucoup trop envie de rester avec Abi. Pour plusieurs raisons… Pour plusieurs raisons que je garderai pour moi. Ce serait beaucoup trop gênant de le partager avec le père de mon ami.

- Je… Je comprends mieux pourquoi vous voulez que je vous parle si jamais quelqu’un de votre famille ou qui que ce soit me demande des renseignements sur vous. Je vous promets que je vous en parlerai.

Je posai ma main valide sur son avant-bras. Doucement. Je lui souris. Même s’il ne pouvait pas me voir. Un sourire doux, rassurant. Ajoutai après cela :

- Ce… C’est peut-être enfantin ou ridicule, mais soyons positifs. Pour Abishai et votre femme.

Et justement, en parlant de sa femme, Sisel, lorsque je la verrai, je crois que je me permettrai de lui faire un gros câlin. Je ne sais pas à quel point cela pourrait la déranger ou non. Mais j’aimerais beaucoup lui faire un gros câlin. Parce qu’elle le mérite quand même. Comme tout le monde dans cet appartement, tout le monde mérite un gros câlin. Bon, ce n’est pas comme si je n’en faisais pas déjà des tonnes à Abi… Mais c’est quand même le cas.
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le Jeu 10 Mai - 15:02

Un silence suivit la révélation. Plein de souvenirs de mots qui flottaient entre eux. Immobile, du moins pour les parts de lui qui ne tremblaient pas, Maciej le laissa vivre. Il connaissait la musique du silence et son importance. Il ne devait pas la brusquer, il fallait qu'elle intègre les mots qui avaient été prononcés et leur implication, qu'elle en tire ses propres conclusions. Il avait posé ses cartes sur la table et attendait.

Il ne savait pas vraiment à quoi il s'était attendu. Peut-être à ce qu'on lui reproche d'avoir mis Sisel en danger pour son bien-être personnel, c'était un reproche qu'il entendait souvent. Ou bien de ne pas avoir affronté ses parents plus tôt. Après tout, il s'en était bien sorti, lui, non ? Non. Mais il ne l'admettrait jamais devant Anshel. Comment expliquer que malgré tout, malgré la peine, la haine, il les aimait toujours ? C'étaient ses parents. Il aurait aimé les voir fier de lui et de la famille qu'il avait fondée. Il aurait voulu...il ne savait pas, ne pas être une déception supplémentaire ? Mais Mélodie était trop polie pour lui reprocher des choses, même si elle pouvait le penser.

Alors peut-être s'était-il attendu à ce qu'elle ait peur, qu'elle pense à elle, à sa fragile position dans ce musée qui était toute sa vie. Mais Mélodie n'était pas assez égoïste pour cela.

A moins qu'il ne se soit imaginé du dégoût à l'idée qu'il ait pu tromper sa femme. Ce n'avait pas été la choses dont il avait été le plus fier même s'il ne s'était pas gêné pour le faire, et pas seulement avec Sisel.

Il n'avait jamais pensé qu'on puisse avoir de la peine pour lui, qu'on puisse imaginer que les choses puissent avoir été difficiles pour lui. Il n'avait pas cru qu'on puisse le plaindre parce que personne ne le faisait. Il releva les yeux, touché par l'attention, surpris aussi, une boule dans la gorge l'empêchant de répondre pendant qu'elle continuait. Doucement, il redescendit ses yeux sur son thé dont la couleur ambré lui rappelait la fuite dans l'alcool de sa jeunesse. Il était fatigué. Epuisé de devoir raconter ces horreurs à une jeune femme innocente.

Et pourtant, il ne pu s'empêcher de frissonner violemment lorsqu'elle lui toucha le bras. A penser à ses parents, son corps se rappelait des coups et réagissait en se protégeant. Avec les tremblement, il reversa un peu de thé sur sa main et son pied. Le liquide, encore chaud mordit la peau et il lâcha totalement la tasse qui tomba avec un bruit sourd sur le parquet ciré. Il soupira. Et zut.

« Ce n'est rien, je vais nettoyer. » interrompit-il avant qu'elle n'ait le temps de s'excuser ou il ne savait quoi. Allons. Il était vraiment pathétique. Il devait se reprendre. Il attrapa ses béquilles et se leva, forçant un sourire doux en direction de la jeune femme. « C'est le propre de la jeunesse d'être optimiste, je serais un monstre de vous enlever ça. » un silence. Une hésitation. Il reprit. « Essayez de ne pas dire à Abishaï que je vous ai parlé de tout ça si vous le voulez bien. Je crains qu'il ne le prenne mal, qu'il ait rétrospectivement peur que je vous fasse fuir ou je ne sais quoi encore. » et surtout, il avait peur de perdre le début de communication – ce petit miracle de son accident – qui se tissait maladroitement entre eux deux. Mais il avait déjà ennuyé Mélodie avec ses parents, il n'allait pas en plus lui parler de ses relations père-fils. C'était hors de question.


Dernière édition par Maciej Lis le Ven 18 Mai - 23:52, édité 1 fois

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le Dim 13 Mai - 1:12
Je crois que je venais de lui faire peur. Ce n’était nullement dans mes intentions. J’avais juste eu envie d’être gentille et tout ça. Tout ce qu’il y a de plus normal en somme. Mais en vrai, je lui ai fait peur, je m’en voulais. Ce n’était nullement dans mes intentions. Mais avant que je puisse dire quoi que ce soit, il disait qu’il allait nettoyer.

Mais je n’étais pas d’accord. Parce que nettoyer avec sa jambe et tout ça, je ne trouvais pas que cela soit une bonne idée. Et je veux dire, c’est moins pire que j’aille un bras en moins, je peux quand même me pencher afin de tout ramasser. Je crois que c’est plus simple. Je ne voudrais pas qu’il soit sur le sol et qu’il ne soit pas capable de se relever. Et je serais quand même mécontente s’il advenait que je ne puisse pas l’aider de mon bras gauche.

- Oh! Je suis vraiment désolée, Monsieur Lis. Je… Je ne voulais pas…

Je ne voulais pas quoi exactement ? Je ne crois pas avoir la réponse. Je crois lui avoir fait peur. Et pourtant, c’était bien loin de mes intentions initiales. J’avais seulement voulu le rassurer et tout ça. Mais je voyais bien que tout cela avait produit l’effet inverse. Je me sens… Un peu mal ? J’aurais aimé le voir sourire un peu, même si je sais qu’après tout ce qu’il vient de me raconter, c’était quelque chose d’assez difficile à faire.

Mais il avait quand même fait un sourire.

J’espérais quand même rester optimiste une fois que j’aurais son âge. Je crois seulement que demain peut être meilleur que la veille, surtout si on a passé une mauvaise journée. Bien que je sois quand même encore en colère à cause de ceux qui ont créé l’explosion, bien que je ne les connaisse pas, je dois admettre que dans tout ça, il y avait un peu de bon. Sans cela, il n’aurait peut-être pas eu ses « rapprochements » avec Abi. Rapprochement. Le terme était plutôt amusant compte tenu que c’est celui que les gens utilisent souvent dans les télé-réalités amoureuses… Je n’en ai pas regardé beaucoup, non mais sérieusement, c’est tellement stupide ces trucs-là, mais j’en avais entendu parler. Surtout à l’école secondaire. Parce que tout le monde regarde cela pour voir les beaux gars et jolies filles.

Du gros n’importe quoi en somme.  

Bref, pour revenir à monsieur le pianiste, je me levai et m’approchai de lui. J’arrivai assez rapidement à le rejoindre. Parce que ce n’est pas vrai que c’est lui qui va ramasser.

Oui, bon, c’est mon côté maman-poule qui pointe le bout de son nez. Généralement, il pointe son bout du nez plus en compagnie de Ludo. Enfin. C’est la moindre des choses que je l’aide. Et Béatrice était fortement d’accord avec moi. Du coup, c’est une bonne décision… Non ?

Alors je lui lançai :

- Non mais… Je vais nettoyer, ce sera beaucoup plus simple, surtout avec votre jambe. Vous devriez passer votre main à l’eau tiède, juste pour s’assurer que ça ne fasse pas de cloque.

Parce qu’on ne sait jamais. Je ne sais pas à quel point son thé était encore chaud ou non. Assez chaud en tout cas pour qu’il en échappe sa tasse. Je voulais quand même être bienveillante envers Monsieur Lis. Je me mis donc à la recherche d’un linge, ce que je trouvai facilement. Bien. Je pourrais tout nettoyer alors.

Mais je m’arrêtai lorsqu’il reprit la parole. Il ne voulait pas que j’en parle à Abi. Je crois que c’est quelque chose qui se comprend. Ils ne semblent pas être les meilleurs amis du monde, bien qu’ils s’aiment.

Le linge entre les mains, je regardai Monsieur Lis avec un doux sourire.

- Je vais garder cela pour moi. Promis. Je vais faire attention. Je ne voudrais pas que vous soyez fâchés l’un contre l’autre par ma faute.

Et ça c’est vrai. Je ne veux pas être un sujet de dispute entre les deux hommes présents dans cet appartement. D’autant plus que tout cela semble être un sujet tout particulièrement délicat. C’est vrai que j’ai dit à Abi que son papa ne pouvait pas entendre, mais c’était pour bien faire. Et je n’en avais pas glissé mot à qui que ce soit d’autre. De toute façon Nadia ne voulait pratiquement pas nous laisser sortir. Enfin pas tout le temps, mais surtout au début. Enfin. Peu importe. Je ne l’avais dit à personne d’autre. Je sais garder les secrets.

Avant que Monsieur Lis ne se mette à protester et à insister pour ramasser le tout, je me dirigeai vers le dégât afin de nettoyer. Je regardai la tasse. Elle ne semblait pas brisée. Je la pris donc… En fait, en la prenant, un morceau me restant dans les mains, tandis que plusieurs autres étaient restés sur le plancher.

Zût. Elle s’est brisée. J’espérais que ce ne soit pas sa tasse préférée. Je tournai la tête vers Monsieur Lis.

- Eum… Vous avez un balai ?  La tasse s’est brisée malheureusement.
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le Sam 19 Mai - 0:33
Une cloque. Sur sa main. Il regarda la tâche rouge qui naissait entre le pouce et l'index. Une cloque c'est un handicap sur une main de pianiste, une elasticité qui diminuait, une différence minime qu'il entendrait tout de même. Ses mains. Elles avaient survécu à l'accident. Il les avait préservées, en un geste stupide, les cachant sous ses bras alors que d'une torsion du corps, il s'était tourné pour que tout le choc aille du côté droit. Même dans les dents de la mort, l'instinct du pianiste avait reprit le dessus. Et pourtant, il aurait pu tout perdre à nouveau pendant l'attentat. Il avait bien failli le faire. Après ses doigts, son ouïe était sa plus grande richesse. Il s'en servait sans cesse, pour jouer, mais aussi pour se diriger dans le monde autour de lui, pour reconnaître les respirations et les pas des visiteurs, et pour sentir dans les silences les émotions qui ne se disaient pas. Ses mains, elles avaient survécu à deux désastres. Et là encore, elles ne risquaient rien. L'eau n'était pas assez chaude pour lui laisser plus qu'un léger inconfort pendant quelques minutes. Elles avaient lâché pour se protéger. Car ses mains étaient son plus grand trésor.

Debout, et malgré les assurances de la jeune femme, il était parti à la recherche d'un linge. Mélodie le devançait, évidemment. Elle se mouvait avec bien plus de grâce et de rapidité que lui et, tout en bougeant, elle répondait à ses questions. Il fut rassuré qu'elle accepte de garder le secret sur leur discussion. Qu'elle ne questionne pas ses motivations. C'était une jeune femme confiante que son cynique fils avait trouvé. Elle avait quelque chose de lumineux, d'enfantin et pourtant de maternel dans sa façon d'être malgré une timidité presque maladive.

Elle avait quelque chose de la Sisel d'avant, une pureté que le monde n'arrivait pas à atteindre, une joie interne qui se nourrissait de petites choses, qui riait face au destin. Pour le reste, les deux femmes étaient différentes, la blonde ayant un caractère bien trempé fait d'orages, de tempêtes et d'éclaircies alors que celle-ci semblait plus stable, comme la brise d'un soir de fin d'été. Ce qu'elle lui manquait, sa Sisel, son chaton ébouriffé qui crachait contre la poussière et jouait avec elle la seconde suivante. Avec l'intelligence acérée qui couvait derrière son regard enfantin. Mélodie était-elle la Sisel d'Abishaï ? Maciej l'espérait. Il espérait que sa douceur puisse arrondir un peu les angles rudes que la vie avaient données à son fils. Ce fils qui était beaucoup plus Lis qu'il ne voulait bien l'admettre. La voix de la jeune femme le tira de sa rêverie. Il lui sourit à nouveau.

« Je suppose. Nous devons bien avoir ça quelque part. Cherchons. »

Même s'il aimait avoir son monde ordonné autour de lui, il n'avait jamais été très doué pour le ménage et déléguait souvent cette tâche à du personnel. Cette maison de Toronto n'était pas SA maison. C'était un lieu de passage pour lui où logeaient surtout sa femme et son fils. Elle n'était même pas à son nom. C'était plus prudent si les gens se mettaient à faire des recherches. Il marcha d'un pas hésitant jusqu'à l'entrée, ouvrant plusieurs placard jusqu'à tomber sur celui du balai. Il l'attrapa alors, ainsi que la balayette et la pelle et... et se rendit compte qu'il n'avait plus de mains pour ses béquilles. Allons. Il en posa une contre le mur, attrapa l'autre, s'appuyant de son mieux sur le balai de l'autre côté. Il était trop grand. C'était stupide.

« Je me disais, peut-être voudriez vous inviter vos parents à venir vous voir ? Leur présence et leurs conseils doivent vous manquer dans une situation comme celle-ci. Je pourrais leur prendre des billets d'avion et leur réserver une chambre d'hôtel non loin si vous le désirez. Vous pourriez leur montrer votre musée. Vous ne seriez pas obligée de leur parler d'Abishaï si vous ne le souhaitez pas mais dans le cas contraire, nous serions ravis de les avoir à diner ? »



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le Mer 23 Mai - 3:47
Voilà. Il nous fallait un balai. Il semblerait que Monsieur Lis n’avait aucune idée où ils se trouvaient. Ça m’amusait et m’attristait en même temps. C’était drôle parce que généralement on sait où sont certaines choses dans nos maisons, mais triste, parce qu’il ne semble pas s’en servir bien souvent. En tout cas, chez moi, je sais où est mon balai.

Parce que j’échappe souvent des trucs au sol, je suis très douée pour renverser des choses, briser des verres. Des fois, je me dis que je dois porter malchance. Je délaissai donc le petit dégât pour venir donner un petit coup de main afin de trouver les balais. Le seul petit problème, c’est que je n’avais aucune idée à quel endroit chercher. Bon, il va de soi que c’est dans un placard, mais je ne pourrais dire lequel. Je ne suis pas magicienne.

De toute façon, cela ne fut pas bien long que Monsieur Lis trouva le balai en question. Parfait. Il en sortit également un plus petit avec son porte-poussière. Bien. Pour donner un coup de main à Monsieur Lis, je pris maladroitement les balais afin qu’il puisse bien se mouvoir. Je savais que j’allais avoir besoin de lui.

Mais je m’arrêtai avant. Allant lui prendre balai et compagnie. Il s’était mis à parler de mes parents. Il y avait une tonne d’émotions qui m’envahit soudainement. Sa proposition était tentante.

Mais.
Parce qu’il y a un mais.

J’étais quand même un peu embêtée. Je lui partageai mon embêtement, j’avais les joues un peu roses. Il me demandait quand même beaucoup. Mais… Ça me plaisait quand même. J’avais un mélange d’appréhension et de joie. Et c’est plutôt de la gêne et de l’hésitation qui en ressortait.

- Eum… Je… Je ne sais pas trop en vérité. Ce… c’est… C’est vrai qu’ils me manquent. Je ne peux pas le nier. Ça me fait étrange de ne plus les voir aussi souvent. Par… Par contre…Pour être franche… Je ne sais pas s’ils vont accepter.

Je ne sais pas si ça mettrait ma mère tout particulièrement à l’aise de venir à Toronto. Je sais que cela pourrait intéresser mon papa, il m’avait quand même aidé à emménager ici, mais… On ne sait jamais. J’aimerais beaucoup leur montrer le musée auquel je travaille, j’aimerais bien leurs faire découvrir mes restaurants fétiches

Je sais bien que Monsieur Lis parle plutôt bien français, ce qui m’embêtait un peu, c’était pour Abi. Je ne voudrais pas créer un froid ou quelque chose comme cela…

De toute façon je ne sais même pas s’il voudrait rencontrer mes parents… Je veux dire… Peut-être que cela ne l’intéresse pas du tout. Et dire tout cela, c’est genre TELLEMENT gênant. Je veux dire… Mes parents sont des gens normaux quoi, ils n’ont pas une grosse fortune, ils n’ont pas des supers études. Ça pourrait être malaisant.

Oui. Je pense déjà au pire, alors que je ne sais même pas si ça les intéresse. Peut-être pour le long week-end de la fête de la reine/la fête des patriotes et l’autre fête, je ne sais plus trop. C’est peut-être un peu loin, mais ça pourrait quand même les intéresser… Bon. Je devrais leur demander.

Et chose certaine, mon frère ne devrait pas venir. Ce serait bien. Je crois que c’est la seule bonne nouvelle du lot, la seule pensée positive que j’ai concernant cette peut-être rencontre.

Je stresse déjà à l’idée qu’ils acceptent. J’aurais aimé tous les inviter à souper à mon appartement, même si celui-ci est quand même un peu petit. J’aurai aimé leur faire un bon repas…

Mais j’ai un bras dans le plâtre.
Du coup, ça ne sera pas possible. Mais je pourrais quand même leur faire visiter. Ils n’ont vu que des photos.

- Mais je peux quand même leur demander…

Parce que je désire quand même les voir, les serrer dans mes bras. Avant de déménager j’habitais avec eux, je les voyais tous les jours. Par moment, je ressens un espèce de vide, parce que je sais maintenant qu’ils sont à de nombreuses heures de route de mon petit appartement et ça me fend parfois le cœur de ne pas pouvoir les voir aussi souvent que je le voudrais.

Mais que Monsieur Lis paie les billets d’avion, ça non. Tout comme pour la chambre d’hôtel, cela n’avait aucun sens. En vérité, mes parents vivent simplement. Ce serait beaucoup trop pour eux. C’est déjà trop pour moi de rester ici, alors je ne sais pas ce que mes parents pourraient en penser. Après tout, Monsieur Lis ne les connait pas du tout. Peut-être qu’ils ne les apprécieraient pas. Bon, c’est vrai que c’est un gentil monsieur, du coup, il doit quand même s’entendre avec les autres en général.

Je me devais quand même lui en faire part.

- Je crois que j’abuserais de votre gentillesse si vous leur preniez des billets d’avoir ou que vous leur réserviez une chambre d’hôtel. Ce… Ce serait peut-être un peu malaisant et beaucoup trop généreux de votre part... Enfin... c'est peut-être un peu débile tout ça...

Je me pris une petite pause. Lorsque je repris, ce fut un peu plus rapidement, les joues encore plus rouges, le regard un peu fuyant. Mais…

- Et… Enfin, j’ai déjà parlé d’Abishai à ma maman et vous d’ailleurs. Je n’avais pas le choix, elle se demandait quand même à quel endroit je loge actuellement.

Je finis par faire un petit sourire en coin, évitant tout de même de regarder le papa de mon ami. Parce que bon. C’est quand même gênant. Mais c’était tout de même sorti tout seul. Un peu trop spontanément. Maintenant je devais quand même vivre avec et…

Et tout bonnement changer de sujet. Parce que c’est la meilleure façon de ne pas dire trop de bêtises. Faire des trucs qui sont « normaux », parler de choses simples, sans rapport, ça m’évite beaucoup d’ennuis.  Du coup, je finis par jeter un coup d’œil au monsieur avec un petit sourire désolée, depuis tout à l’heure j’essayais de ramasser les morceaux, sans grand succès. Parce que mon bras en moins ne me facilitait nullement la tâche.

- Eum… Je crois que j’ai besoin de votre aide… Je n’arrive pas à ramasser ce dégât… J’ai besoin de deux paires de bras on dirait.

Je ne sais pas trop comment nous allions nous en sortir. Mais nous n’avions quand même pas le choix. Pour le moment, les gros morceaux étaient rendus dans le porte-poussière, je les avais délicatement pris avec mes mains, faisant bien attention à ne pas me couper.
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le Mar 24 Juil - 15:18
La musique de la jeune femme est saccadée, pensive, comme coincée entre l’envie et l’angoisse. C’est une source, un jet intermittent, plein d’une force vive, cachée, jaillissante et pourtant timide. Tant de choses semblent passer dans sa tête que le quinquagénaire n’ose pas l’interrompre. Poli, il l’écoute, il l’attend, appuyé sur sa canne, sa balayette dans la main, comme s’il n’y avait rien de plus important ou de plus beau dans l’univers. Finalement, il lui répond de son sourire triste habituel, celui qui éclaire ses traits sans allumer ses yeux délavés de fatigue et de chagrin.

« Dans ce cas, je serais vos bras et vous serez mes jambes » répond-il simplement en se laissant tomber assit sur le sol. Ses mains commencer à rassembler de nouveau les morceaux de porcelaine, faisant très attention à ne pas se couper, concentré.  Le changement de sujet le soulageait un peu de toute la tension qu’il avait sentie chez la jeune femme sur le chapitre de ses parents. Il ne comprenait pas une telle réaction. A ses yeux, sa proposition n’avait rien de définitif ou de malséant. Une chambre d’hôtel ne lui coûte que les quelques clics internet pour la réserver. Le billet d’avion, de même, d’autant plus qu’il n’avait parlé ni de palace ni de classe affaire. Il s’était bien douté, au vu de la simplicité de la demoiselle que ce n’était pas le genre de la maison.

Avait-il mal analysé la situation ? Se pouvait-il qu’elle ait vécu un peu de ce qu’il avait vécu et que revoir ses parents ne l’enthousiasme pas autant que l’on pourrait le croire ? Il ne l’avait pas vu jusque-là mais il était vrai, en y repensant, que cette répétition du mot « déranger » ressemblait à celui de « sage » que lui utilisait lorsqu’il était enfant. « Soit sage ou ton père va encore se mettre en colère » lui murmurait-on. Alors il était sage. Comme une image. Aussi silencieux et transparent, au piano excepté. Il regarda Mélodie entre deux mouvements des mains, repassa dans sa tête leur conversation. Elle était gênée oui. Il ne sentait pas de peur dans sa respiration ou dans le débit de ses mots. Peut-être se trompait-il. Il n’avait pas l’intention de se montrer vaincu aussi facilement. Abishaï savait que Maciej arrivait très souvent à ses fins.

« Réfléchissez-y. Discutez-en avec eux. Cela ne me dérangera pas, pas plus que ce n’est un problème en ce qui me concerne que de faire rappatrier vos parents sur place. Je serais ravi de les voir mais surtout, je me place en père. Si ça avait été Abishai qui avait été attaqué dans une ville inconnue et hébergé chez un homme dont je ne connais rien, je serais rassuré de pouvoir voir par moi-même ce qu’il se passe et si mon enfant va bien. Je pense donc naturellement que c’est le cas pour votre famille. Mais si ce n’est pas le cas ou si cela doit vous mettre mal à l’aise, alors c’est simple, ne le faisons pas. Les choses ne seront compliquées ni dans un sens, ni dans l’autre. Il y a bien assez de difficultés et de mal dans ce monde pour en rajouter là où il n’y a pas besoin, vous ne pensez pas ? »

Il avait terminé de rassembler les plus gros morceaux, tendant la pile fragile vers la jeune femme.

« Passez-moi la balayette, voulez-vous ? »


Dernière édition par Maciej Lis le Mer 25 Juil - 10:15, édité 1 fois

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le Mer 25 Juil - 2:01
Monsieur Lis était maintenant sur le sol. L’image était quand même assez amusante, il est bien rare de voir des gens plutôt âgé – je ne dis pas qu’il est vieux Monsieur Lis, il doit avoir l’âge de mes parents, ce n’est vraiment pas si vieux, si ma mère serait dans ma tête en ce moment, elle chialerait, c’est vraiment certain –. Les gens qui s’assoient sur le sol sont généralement des enfants ou ceux qui échappent des trucs, ce qui était notre cas.

Alors qu’il s’affairait à ramasser ce que j’étais incapable de prendre, il continua de me parler, de mes parents, un peut tout ça. Je l’écoutais, bien entendu, de toute façon nous n’étions que nous deux. Enfin, quatre si nous comptions nos deux totems respectifs qui se faisaient plutôt discrets. Béatrice nous regardait tout simplement ramasser cette tasse, quand même assez moqueuse. Elle me regardait quand même d’assez loin, appréciant côtoyer les plantes de l’appartement. Réfléchissant tranquillement à ces mots, j’en profitais pour chercher un sac dans lequel nous pourrions tout jeter cette porcelaine détruite. Ce serait beaucoup plus facile de trainer un sac rempli qu’une tonne de petits morceaux dans un porte-poussière, ce qui pourrait tomber, bien entendu.

Je comprenais quand même pourquoi il tenait quand même à ce que je voie mes parents. J’étais même plutôt d’accord. C’est vrai que c’est quand même effrayant, enfin pour des parents, de savoir que votre enfant dort chez des personnes qui vous aient étrangers… Même si vous avez plus de vingt ans. Ce sont des parents après tout, ça s’inquiète toujours, tout le temps, pour n’importe quoi.

Même si…
Enfin.

Monsieur Lis me fit sourire. « Balayette » n’était pas un mot que j’employais particulièrement souvent dans les conversations. J’en venais même à me demander comment j’appelais ce petit balai. Petit balai était une option intéressante, puisque cela correspond plutôt bien à ce que s’est réellement. Mais on pourrait également une voir une brosse… Enfin, ce n’était pas l’heure des débats existentielles à savoir comment appeler ce truc. C’est juste que parfois, des nouveaux mots sont plutôt amusants à entendre.

Je finis par délaisser le mot pour plutôt prendre l’objet en question et le lui donner.

- Oui bien sûr, tenez.

Je me penchai afin d’essayer de donner un coup de main, j’avais bien envie d’être utile dans un moment comme celui-ci. Je regardai au sol si je ne pouvais pas voir quelques autres gros morceaux qui auraient échapper au regard de Monsieur Lis. N’en trouvant pas, je préférais plutôt tendre le sac, dans lequel il pourrait mettre la tasse en morceau une fois que ce serait ramasser.

Je restai silencieuse un moment. Regardant Monsieur Lis travailler. Enfin, ce n’était pas un énorme travail non plus, je dois quand même l’admettre, mais j’étais quand même impuissante, incapable de vraiment l’aider.

Il avait quand même pris le temps de me parler de sa famille. Pourquoi beaucoup de choses et comment sont ses parents. C’est vrai que les miens sont quand même très gentil à comparer des siens. Je finis quand même par glisser quelques mots à leur sujet.

- Vous savez, c’est vrai que j’ai très envie de les revoir, de les serrer dans mes bras, surtout après les événements qui se sont produits... Avant de quitter Toronto, j’habitais chez eux, ça me fait quand même assez étrange de ne plus les voir, ne plus leur parler aussi souvent.

Je savais bien qu’Abi préférait que je regarde vers l’avant, mais par moment, le passé finit par nous rattraper sans que nous le voulions réellement. Mais j’étais quand même nostalgique. C’est l’un des effets secondaires qui arrivent lorsqu’on peut parler de ses parents… Enfin, c’est ce qui se produit dans mon cas. Parfois, j’aimerais bien avoir un plat réconfortant de ma chère maman. Comme un simple pâté chinois. Même si je suis capable de m’en faire par moi-même ou encore une lasagne.

Enfin. Ce n’est pas le moment de parler de nourriture. Je préférais continuer de parler.

Parler d’un sujet qui m’était particulièrement épineux. Comme si cette journée se portait bien aux confidences concernant nos familles. C’était peut-être pour cela que j’hésitais tant à l’idée que mes parents viennent me voir ici, qu’ils rencontrent cette charmante famille… Peut-être, qu’eux, ils les trouveraient bizarres, inappropriés ? Je n’avais pas envie que l’on me dise qu’ils ne sont pas de gentilles personnes. C’est aussi ça, qui pouvait me faire peur.

Mais je crois que ma principale hésitation était cette peur que j’ai de les déranger.

Peur, peut-être ridicule pour certains, mais pour moi, c’était quelque chose avec laquelle j’ai grandi.

C’est un peu timidement, que je continuai, doucement. Probablement que ce n’était pas quelque chose qui était son problème, probablement qu’il s’en fichait. Mais j’avais une certaine envie d’en parler, même si ce n’était pas des problèmes aussi importants qu’il avait vécus. Enfin, on ne choisit pas sa famille, nos problèmes nous semblent toujours important.

- Mais en même temps, ils ont toujours eu plus de soucis avec mon frère, Louis. C’est toujours lui qui est malade, c’est lui qui a eu les soucis avec l’école, c’est toujours lui dont ils doivent s’occuper, toujours lui qui a tout ce qu’il veut. Il a plus de vingt ans et parfois, je me demande s’il va être autonome.

Je ne veux pas particulièrement me légitimer. Mais ça peut probablement l’aider à comprendre certaines choses. Je ne voulais pas qu’il me plaigne ou quoi que ce soit. Je ne l’aime pas mon frère, je n’aime pas du tout. C’est l’une des rares dans ce monde, que je n’arrive pas à apprécier. Mon frère… J’ai toujours eu l’impression qu’il avait les pires défauts du monde. J’avais du mal à comprendre comment mes parents faisaient pour lui donner toujours tout ce qu’il voulait.

Bon. Je décidai de respirer un peu plus calmement, parler de lui, ça me met de mauvaise humeur. Je crois que je n’avais jamais voulu parler de lui à Abi. Je ne crois pas avoir déjà mentionner son nom devant lui. Ludo, il le connaissait, bien entendu. Il était souvent venu à la maison, mais bon ils ne s’entendaient pas particulièrement bien. Mon frère est trop idiot.

Enfin.
Passons, sinon je vais finir par être maussade.
Je finis plutôt par ajouter, quelque peu incertaine…

- Ce… C’est pour cela que je ne les embête jamais… Rarement, du moins… avec mes propres problèmes. Ils en ont déjà assez sur les bras…

J’espérais que cela ne l’embêtait pas trop…

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Merci Vilmos hihi
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le Mer 25 Juil - 10:13
La balayette passe et repasse sur le sol, ramassant d’occasionnels morceaux de porcelaine ou de poussière qu’elle traine dans la pelle, les moutons s’accrochant à ses poils de toute l’électricité statique qu’ils peuvent renfermer. Silencieux, le pianiste écoute la musique de ce geste simple, le frottement régulier, les deux respirations humaines au-dessus, le léger vrombissement de l’abeille et le lissage occasionnel d’une plume que l’on remet en état. Des bruits du quotidien qu’il redécouvre petit à petit avec une intensité presque insupportable. Il a tellement eu peur. Il n’aurait pas eu le courage de Beethoven. Finalement, la jeune femme reprend la parole pour de nouvelles explications et ses mots lui ôtent un poids immense des épaules.

Un frère malade.

Ainsi, ses parents ne sont pas violents. Ils sont simplement honnêtes et dépassés par les évènements. C’est quelque chose qu’il peut comprendre, il sait intimement à quel point il est difficile de faire ce que l’on peut et de s’apercevoir que ce n’est jamais assez. Mais surtout, Abi n’aura pas à faire avec une belle-famille potentiellement délétère et ça le rassure. Il a déjà assez souffert avec des grands-parents hostiles.  D’un geste simple, il glisse les déchets dans le sac, pose le matériel à côté de lui et lève les yeux sur la jeune femme. Il n’y a aucune soumission dans ce regard levé mais au contraire, la même gravité et compassion qu’il aurait eu s’il avait été debout et avait du baisser la tête.

« Je ne vais pas dire que je comprends ce que vous ressentez. Chacun d’entre nous réagit comme il peut aux épreuves que nous envoie la vie. Je ne vais pas non plus essayer de vous faire croire que je sais ce que ressentent vos parents. Je vais simplement vous donner mon point de vue, en tant que père qui n’a pas toujours fait ce qu’il aurait du. »

Il inspira un bon coup.

« Laissez à vos parents une chance de s’occuper de vous. Aussi occupés ou préoccupés qu’ils puissent paraître au sujet de votre frère, et ils le sont probablement, croyez-le, ils ont besoin de savoir que vous viendrez à eux en cas de soucis. Pensez-y comme ça. A vouloir trop les épargner, ils ne seront jamais certain que vous serez capable de les appeler en cas d’urgence et ils s’inquiéteront sans arrêt. Alors que s’ils savent, au fond d’eux, parce que vous le leur avez prouvé, que vous avez la force de savoir quand vous avez besoin d’aide et de leur demander, alors, ils vous feront confiance et cesseront de s’inquiéter lorsque vous ne demandez rien. Un parent vous savez, c’est surtout un être humain un peu stupide qui cherche maladroitement à faire ce qu’il faut, sans mode d’emploi. Il se trompe, il s’en veut, il essaie autrement, il tâtonne. Il fait de son mieux pour ne pas reproduire les bêtises de ses propres parents et, ce faisant, il crée les siennes. Certains sont naturellement plus doués que d’autres, certainement mais je me rassure en pensant que nous ramons tous,  à un moment ou à un autre. »

Il a conscience de galérer plus que les autres, de ne pas être à la hauteur malgré tout l’amour, toute la confiance et toute la fierté qu’il éprouve pour son fils unique. Et malgré les conséquences de son geste, il n’est pas certain que ça n’aurait pas été une meilleure solution. S’il avait réussi, évidemment. Il baissa les yeux, examinant les motifs abstraits du tapis puis toussa pour se donner une contenance, ses yeux voguant au hasard sur la décoration du salon.

« En bref, plus vous avez peur de déranger, plus ils pensent que vous n’avez pas besoin d’eux et s’occupent de votre frère et plus vous avez peur de déranger. Dérangez-les. Montrez-leur que vous existez, que vous êtes toujours leur petite fille. Ils seront ravis. Tous les parents le seraient d’avoir une fille comme vous. »

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le Jeu 26 Juil - 1:12
Je ne savais pas à quoi je m’étais attendu après tout ce que je lui avais dit au sujet de mon frère. Peut-être qu’il s’en fiche… Je ne savais pas du tout. Peut-être me faire dire que mon frère n’était peut-être pas si pire que cela au final, que je devais lui laisser sa chance, qu’un jour, il allait grandir et il se rendrait compte – et moi aussi par le fait même – nous sommes deux personnes extraordinaires qui regrettent les années durant lesquelles nous nous parlions. Ces phrases-là, je les avais entendues des centaines de fois par mes oncles, mes tantes, même mes grands-parents. Personne dans mon entourage ne comprenait la relation que j’avais avec mon frère. Ils ne comprennent pas comment je n’arrive pas du tout à l’apprécier, pourtant, je devais bien lui trouver des qualités, il n’était pas SI pire finalement.

Mais non. Je n’étais pas d’accord. Je n’arrivais plus à trouver de bons côtés à mon frère que je percevais comme un égoïste, profiteur, qui n’a aucune reconnaissance et considération pour les autres autour de lui, sans aucune ouverture d’esprit.

Les propos de Monsieur Lis me semblait beaucoup plus intéressant que tous les défauts de mon frère et tous les souvenirs désastreux qui me venaient en tête lorsque je pensais à lui. C’était comme si je l’avais enterré, vivant, enfin, emmuré serait peut-être une image plus appropriée, puisqu’il est encore vivant. Je suis certaine que si je n’avais pas survécu, il n’aurait pas été triste. C’est l’impression qu’il m’a toujours donnée.

Penser au présent.

Je reportai mon regard vers Monsieur Lis, il disait qu’il valait mieux que je les dérange que mon frère puisse attendre. Tout ce qu’il disait, ça me faisait un drôle d’effet, je ne pourrais dire exactement pourquoi. Probablement parce qu’il y avait quelque chose de vrai dans tout cela. Je ne dis pas qu’il raconte des mensonges, loin de là, disons que c’est particulièrement vrai tout ce qu’il pouvait dire et ça faisait que j’avais des émotions que j’avais tant bien que de mal à cacher. Je détournai le regard, je regardai plutôt le sac que je devrais aller jeter.

C’est après une petite hésitation que je finis par dire :

- … Je crois que j’ai une poussière dans l’œil.

Excuse bidon.

Il devait bien se douter que ce n’était pas vraiment à cause de la poussière, d’autant plus, que nous avions finalement terminé de tout ramasser.

C’est seulement que ça me rassurait.
Ça me faisait également plaisir. Ça fait moins peur quand c’est un papa qui vous le dit. Ça me permettait d’avoir un peu plus confiance.

J’avais envie de pleurer. Je sentais les larmes qui montaient, j’avais quand même un peu de mal à le cacher, la subtilité, dans la vie, ce n’est pas mon fort. Enfin, je trouve. Ça doit quand même dépendre pourquoi. Je n’étais pas triste. J’étais plutôt reconnaissante par ses propos. Et rassurée également. Parce qu’il voulait bien me montrer que tout ça, c’était correct, c’était correct que je dérange mes parents, qu’ils voudraient bien venir à Toronto pour prendre de mes nouvelles.

En même temps, il venait quand même de me dire que tout le monde aimerait bien m’adopter, bah, pas exactement dans ces mots-là, mais c’était pas mal ce que cela voulait tout de même dire. Ça voulait également dire que j’étais plutôt à la bienvenue ici. C’était déjà le cas, mais c’est toujours plus rassurant de le savoir encore plus.

Afin qu’il ne voie pas la larme qui coulait paresseusement sur ma joue, je préférais me lever de nouveau afin d’aller jeter tout le sac dans la poubelle. Voilà. Il n’y avait plus d’indice de notre meurtre de tasse. La pauvre quand même.

Ça me fait chaud au cœur, c’est quand même pour cela qu’une deuxième larme décida de faire sa rebelle et se mit à couler. Je dois vraiment arrêter. Il faut que je me calme, je ne peux pas pleurer pour un rien, c’est quand même un peu ridicule.

C’est une voix un peu brisée – ça me fait penser à la chanson d’Offenbach – mais pas trop quand même, c’est juste que j’ai un chat dans la gorge, voilà tout, je finis par dire en regardant le père de mon cher ami :  

- Merci beaucoup, Monsieur Lis. J’espère qu’ils accepteront de venir et de vous rencontrer, parce que vous êtes tous des gens vraiment formidables, autant vous qu’Abi, Sisel ou encore Nadia. J’ai vraiment beaucoup de chance de vous connaître et je vous remercie encore une fois de permettre de rester ici.

Je lui tendis ma main valide. Probablement qu’il ne voulait pas rester assis là éternellement, il doit quand même avoir d’autres choses à faire tout de même.

- Voulez-vous un coup de main pour vous lever ou le tapis est trop confortable ?

Je me permis de lui faire un grand sourire, amusée.

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le Jeu 26 Juil - 14:41
Le chat n’est jamais loin lorsque la poussière s’invite. Combien de fois avait-il du cacher des larmes ? Combien de fois les coups lui avaient-ils rappelé que les garçons n’avaient pas le droit de montrer des sentiments ? Qu’il fallait être fort, et grand, et droit, et sage. Il faisait de son mieux. Mal donc. Et les années lui avaient enseigné qu’on pouvait pleurer à l’intérieur, là où ça n’ennuyait personne, où ça ne salissait pas la partition, où on ne pouvait pas le voir. Il intériorisait sa tristesse, puis la restituait, contrôlée, à travers les notes hésitantes d’un piano, au travers de compositions inconnues du public, comme une musique à sa vie, à son père, à son fils, au destin. Qui aurait-il été pour juger cette jeune femme qui n’osait pas admettre avoir envie d’exister ? Personne. Les épreuves sont égales pour chacun dans le sens où elles n’ont de sens que pour eux. Il aurait aimé avoir un frère. Il aurait aimé en donner un à Abi. La vie n’avait pas voulu leur accorder cette chance. Elle avait transformé celle de la guide en malheur. Peut-être qu’un jour, elle saurait faire la part des choses et revenir vers cet homme. Peut-être pas. Peut-être était-il réellement mauvais, peut-être seulement malade, peut-être ne le voyait-elle que par la vitre déformante de la jalousie. Ce n’était pas à lui de savoir. Ce n’était pas à lui de le dire. Tout ce qu’il pouvait faire c’était délivrer le fond de sa pensée, à travers le prisme de son expérience en croisant les doigts pour ne pas faire de nouvelle maladresse. Pour ne pas faire de bêtise. Pour être sage. Ainsi, la vie ne lui donnerait pas de coups.

Les larmes de la rouquine, cependant, ne semblaient pas tristes. Elles ressemblaient plutôt à un barrage qui se perce. Ses mots, semblait-il, avaient eu un impact. Seul le temps saurait si c’était positif ou négatif et elle n’avait clairement pas envie d’en parler. Le chat. Depuis que celui de Sisel s’était échappé, il l’avait dans la gorge, ronronnant, prêt à chasser les larmes de ses yeux à n’importe quel moment. Il le fit taire, eut son habituel sourire triste et attrapa la main qu’on lui tendait. De l’autre, il s’agrippa au fauteuil et, ainsi, réussi tant bien que mal à se remettre sur ses jambes. Un faux mouvement lui arracha une grimace qu’il fit de son mieux pour retenir. Debout à présent, il lâcha le meuble, posant simplement sa main libre sur les cheveux de la jeune femme à laquelle il fit un simple et chaste baiser sur le front.

« Est-ce que tu accepterais de nous refaire du thé et de m’aider un peu dans mon travail, s’il te plait ? »

Il espérait qu’elle en ait encore le temps, il avait une idée pour alléger l’ambiance avant le retour des autres. Si Abishai se rendait compte qu’il avait fait pleurer son amie, il allait encore grogner et se renfrogner et ça, Maciej n’en avait pas envie.

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le Ven 27 Juil - 3:50
Ça allait bien. Ça allait mieux. J’avais réussi à contenir mes larmes, j’avais réussi à garder une certaine contenance devant ce monsieur que j’appréciais bien. J’étais bien contente qu’il prenne également ma main pour se relever.

Il s’approcha un peu de moi. Il posa sa main dans mes cheveux pour ensuite venir poser un bisou sur mon front. Ça me fit rougir. Non pas que c’était déplacé, loin de là, ça m’avait fait plaisir. Je me sentais accepté, autant par Monsieur Lis que son garçon. Je n’avais pas tort en disant que c’était une famille vraiment sympathique, même si Abi y voyait un paquet de problème. Mais je crois que chacune des familles avait son lot de problèmes. Du coup, ce petit bisou était rassurant, comme les propos qu’il avait dit il y a peu de temps. Cette petite dose d’affection me faisait chaud au cœur.

Il me demanda si je voulais bien refaire du thé. Je crois que j’avais à peine touché à mon breuvage avec tout ce que nous nous étions dit. Du coup, l’idée d’en refaire, ça me plaisait. Je remarquais également qu’il m’avait tutoyé. Venant de Monsieur Lis, je trouvais ça quand même assez surprenant. Enfin. Bah. Pas vraiment surprenant, mais je me demandais si c’était réellement voulu ou non. Peut-être qu’il y avait quelque chose qui avait changé après tous ces mots échangés depuis que j’étais de retour dans l’appartement. On avait tellement parlé de choses. Nos familles. Des familles qui ont chacune leurs bonheurs et leurs malheurs.

Mais une chose certaine, c’est qu’on le veuille ou non, on reste bien souvent avec notre passé, même si on voudrait bien s’en départir. On peut quand même penser que ça peut apporter du bon. Par exemple, Abi et moi. Je ne crois pas qu’il y ait quelque à dire, pas besoin d’entrer dans les détails. J’avais bien hâte de lui faire un gros câlin. Son papa en méritait bien des câlins, mais ça me gênait quand même encore un peu. Même s’il est très gentil avec moi. Je trouvais bien une façon de le remercier. Il suffit de trouver comment.

Pour le moment, il était plutôt question de refaire du thé.

Je lui fis un grand sourire. J’avais bien envie de reprendre un thé et espérer, cette fois-ci de le boire au complet. J’apprécierais bien.

- Mais oui, bien sûr avec plaisir.

Une fois certaine que Monsieur Lis était bien sur ses pattes, question de me rassurer plus qu’autre chose, je retournai dans la cuisine, prenant le temps d’amasser ma tasse que j’avais délaissée. Pour une nouvelle fois dans la cuisine, je remis de l’eau dans la bouilloire, enclenchai le mécanisme. Pendant de l’eau chauffait je sortis pour Monsieur Lis une nouvelle tasse.

Il avait besoin de moi pour son travail. C’était un peu étrange. Je ne comprenais pas comment il pourrait avoir besoin de moi. Il était musicien après tout. Moi je ne suis qu’historienne de l’art. Je ne comprends pas ce que je pourrais faire pour l’aider. Pour faire quelque chose de manuel, je ne pourrais pas non plus l’aider. Avec un bras, ce n’est pas très pratique. Parfois j’ai l’impression de vraiment être inutile. Il y a toujours une tonne de choses que j’aimerais faire, mais bien souvent, je dois quand même demander à quelqu’un, bien souvent Abi, s’il veut bien m’aider.

À la recherche des sachets de thé, sur lesquels je finis par mettre la main je lançai à Monsieur Lis, quand même curieuse :

- Comment puis-je vous aider ? Je ne suis pas certaine que je pourrais être utile à votre travail…

Les poches maintenant dans les tasses, j’attendais sagement que l’eau ait terminé de chauffée. J’essayais de deviner de quelle façon je pourrais l’aider, mais honnêtement, je n’en avais aucune idée. Enfin, peut-être que j’avais trop d’idées justement et je n’arrivais pas à en trouver une qui serait meilleure que les autres. Du coup, j’étais bien curieuse

Je me demande s’ils ont des biscuits. Des biscuits à thé ce serait particulièrement bon, je me mis à en chercher, comme ça, sur un coup de tête. Sinon, quand j’aurais mes deux mains de disponibles, je crois que je me permettrais d’en faire. Peut-être qu’ils aimeraient. Un ensemble de biscuit, ça pourrait également être chouette.

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le Ven 3 Aoû - 9:55
Et elle s’éloigne. Larmes à peine séchées, plongée dans l’avenir, indemne du passé. La force de la jeunesse est là, dans cette capacité à avancer quoi qu’il arrive, à regarder devant lorsque leurs aînés regardent derrière. Il l’observe s’afférer, inconscient du tutoiement qu’il a laissé passer bien malgré lui. Les subtilités des pronoms français lui restent parfois compliquées. Il se mélange et oublie, perdant la stricte politesse qui le protège pourtant.

Tandis que l’eau chauffe, il s’assied au piano. Sans partition, ses doigts parcourent les touches. Rassuré par leur contact froid et lisse sous sa pulpe, il commence quelques gammes et arpèges, petits morceaux d’étude pour s’échauffer les muscles meurtris de ses mains beaucoup trop sollicitées ces derniers temps. Les écarts se creusent alors que la souplesse lui revient, et au fur et à mesure que l’eau chauffe, ses exercices se font plus subtils, l’émotion y revient, parfois joyeuse, souvent triste et mélancolique, transformés par le prisme de l’interprète qui y insère ses propres souvenirs. Il y a de la beauté dans les échauffements comme il y en a dans les morceaux les plus compliqués. Rien n’est facile en musique. Tout est interprétation, sensibilité et technique. Il n’y pense même pas. Il ne pense plus. La musique l’emporte comme toujours dans un monde où il n’est plus lui-même, où il n’a plus besoin d’être sage. En s’abandonnant, il se trouve. Son cœur, sa lumière, son espoir. Et il les transcrit, encore et toujours comme dans une tentative désespérée de communiquer la beauté du monde à ceux qui lui sont cher. Ceux qui ne savent écouter que la froide mélodie des pièces dans un coffre. Son air se transforme pour imiter le bruit d’une machine à sous puis du métal qui s’entrechoque. Et sur cette base, il improvise une mélodie, douce, légèrement dissonante, qui semble tenter de s’harmoniser sans y arriver jamais. Il ne saura pas dire avec ses mots ce qu’il ressent comme il le fait avec sa musique. Des bruits de placard viennent interrompre sa réflexion. La mélodie s’arrête pour s’intéresser à celle dans la cuisine.

« Venez et je vous le dirais. Vous cherchez quelque chose ? »

Peu gourmand, et habitué aux grandes maisons, Maciej n’a pas l’habitude de manger des biscuits secs avec son thé. Parfois des pâtisseries ou des viennoiseries maison dans des grands hôtels mais les marques de biscuit à thé lui sont parfaitement étrangères. Il y en a pourtant. Sisel aime les sucreries et celles-ci sont faciles à garder alors Nadia en a acheté. Abishaï peut-être aussi, il l’ignore. Il ignore tout de ce qu’il se passe dans cette cuisine. Ce n’est pas son domaine. Lui, vit dans le salon qui reflète, par sa décoration et son encombrement d’objets d’art et de musique, ses principales passions. Il reprend son instrument. Comme un assoiffé est incapable de rester loin d’une source d’eau fraîche, il lui est difficile de résister à l’attrait des touches d’ivoire. Un jour peut-être, il jouerait à Mélodie ses compositions secrètes, celles que personne, pas même Sisel, pas même Abishai n’a jamais entendu. Et ce projet qui lui tient à cœur, une symphonie de l’Europe, vu par le prisme politique et économique de ces dernières années. Il en a les thèmes pour chacun des pays qu’il veut approfondir mais il doute encore, toujours, de sa légitimité.

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le Sam 4 Aoû - 1:02
Biscuit, où vous vous cachez? Petits vilains. Je voulais seulement en manger quelques-uns, je voulais également en proposer à Monsieur Lis également. Rien de bien compliquer, on doit quand même se l’admettre. Du coup je cherchais, quand même assez entêtée. Je voulais quand même ces petites douceurs, j’avais bien envie de biscuits, bien qu’ils ne soient pas très grands, même si ce n’est pas la sucrerie la plus merveilleuse du monde. Personnellement, la meilleure sucrerie du monde, c’est sans conteste le chocolat. J’adore le chocolat noir, celui au lait également. Ironiquement le chocolat blanc… Je trouve ça trop sucré. Je dois être un extraterrestre par moment. Je devrais me trouver un endroit où justement ils vendent du bon chocolat. Je sais où en trouver au Québec, ici, je n’avais pas encore penser à chercher.

Ce serait ma prochaine mission! Je vais partir à la recherche de ce genre de commerce. Ça pourrait être une balade avec Abi. Il va vraiment me trouver étrange. Mais je crois que c’est déjà le cas… L’amour c’est quand même un truc étrange parfois. Oui, mon esprit divaguait dans un sens ou dans l’autre, avec des réflexions complètement étranges, je continuai ma recherche des fameux biscuits.

Pendant que je préparais le thé et tout ce qu’il allait venir avec, Monsieur Lis jouait du piano. Ça me fit sourire. J’appréciais beaucoup le son de cet instrument. Je ne sais pas si j’appréciais encore plus parce que c’était Monsieur Lis qui y déposait ses doigts… Ou juste parce que j’aime le son du piano. Probablement qu’il y avait un peu des deux.

Vraiment. N’importe quoi pour du sucre. Probablement qu’en ce moment j’en faisais un peu trop. Bah, ne pas en faire assez, ce ne serait pas très intéressant, du coup, c’est probablement un peu mieux d’en faire plus. Je crois. Je n’en sais rien en réalité. Peu importe. Je reportai mon attention sur ma mission, qui fut rapidement interrompu par Monsieur Lis qui me demandait ce que je cherchais.

S’il ignorait l’emplacement des balais… Je me demandais s’il savait où était les biscuits. Bonne question. Je pouvais quand même lui dire ce que je cherchais, après tout peut-être qu’il a la réponse.

- Je cherche des…

Soudainement, je vis le paquet de biscuits que je cherchais justement. Je souris. J’avais réussi à trouver c’était où. Il faudrait que je fasse attention pour ne pas tous les manger. Quoi que le pire qu’il puisse vraiment arriver, c’est que j’en achète des nouveaux, c’est vraiment le PIRE qui pourrait arriver. Du coup, j’ajoutai rapidement :

- Ah non! Ça y est, je les ai trouvé! Je cherchais des biscuits, je me suis dit que quelques douceurs ce pourrait être amusant. C’est sûr que ce n’est pas grand-chose… Mais bon, ce n’est pas grave.

J’étais bien contente de ma trouvaille. En fait, je m’attendais pas à en trouver, c’était surtout ça que m’avait surpris. Je ne lui demandai même pas s’il en voulait ou non. Je ne crois pas que cela soit particulièrement nécessaire. Au pire, je les mettrais dans un petit bol et voilà, il n’aurait qu’à en prendre s’il le désire, tout simplement. Je ne suis pas très difficile, je ne vais pas pleurer s’il ne préfère ne pas en manger.

Je crois que des fois je m’en fais trop pour si peu de choses.

Une fois les biscuits dans un petit bol, les deux tasses étaient remplis du thé infusé, les poches retirées, je pris une première tasse que je vins poser non loin du piano, je fis de même avec la deuxième tasse, puis finalement avec les biscuits. Voilà. Nous étions enfin tous dans le salon.

- Voilà, je suis toute à vous, dis-je en souriant doucement.

C’était comme si tous les événements précédents ne s’étaient pas passés. Tout allait bien. Je me sentais bien et légère. J’aimais bien cet endroit. C’était douillet et confortable, les gens sont gentils et je me sentais un peu comme chez moi. Parce que je savais que les gens ici m’appréciaient. Et je les aime bien ici. Du coup, je crois que c’était une bonne chose d’être venue ici. Je leur étais tout particulièrement reconnaissante.

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le Mar 28 Aoû - 15:13
La parole reprend, la parole se suspend. Pause en point d’orgue, pour mieux repartir par la suite. Andante. Elle a trouvé les petits gâteaux. Le partage de la nourriture est un rituel universel, tous les peuples le font. Certains se spécialisent autour du sel, du feu, de l’eau, en fonction des arcanes autour desquelles se sont construites les civilisations. Seulement le fond reste le même. Je partage avec toi ce dont j’ai besoin, ainsi tu sais que je n’ai pas de mauvaises intentions car qui irait gâcher ce qui est si précieux. Peut-être est-ce pour cela que l’empoisonnement délibéré nous remplit tous autant d’horreur. Il parle à notre moi profond, celui qui n’est jamais sorti des caves et réprouve le gâchis, même dans notre monde d’abondance, même alors qu’on laisse facilement la moitié de nos repas dans nos assiettes. Je n’ai pas vraiment envie de sucré. Mais comme elle s’est donné du mal pour me les servir, il sait qu’il en prendrait un ou deux. Ce n’est même pas par politesse. C’est par affection. C’est comme ça. Il se souvient des canapés de luxe que ses parents offraient aux invités les soirs où l’on « recevait » et où il devait rester immobile sur le sofa, n’ouvrant la bouche que lorsqu’on lui adressait la parole pour débiter d’un ton monocorde les paroles d’usage qu’on lui avait enseignées. Ses mains sur le piano passèrent en mineur et sur une mélodie désagréable, ennuyeuse qui rappelait les affres d’un enfant trop jeune pour savoir se tenir, assez vieux pour savoir que son dos ferait les frais de son impatience. Quelques accords discordants chassent les souvenirs des coups. Il s’efforce de reprendre quelque chose de plus gai. Elle est revenue vers lui.

Deux tasses fument sur la table basse près du piano. Au milieu, un bol de biscuits industriels du commerce. Il y a une vie, il y aurait eu du lait dans un petit pichet non loin et un chat qui aurait quémandé sa part alors qu’il n’en avait aucunement besoin. Si Maciej est devant son instrument, Paloma volette maladroitement sur la table, roucoulant des invitations à l’adresse de son ami de toujours, qui lui manque et ne vient plus jamais. Le pianiste sent la douleur de sa sœur d’âme plus intense encore que celle qu’ils partagent à l’aile et la jambe. Il ne doit pas être triste. Cela romprait le charme. Alors il joue une petite danse. Une écossaise comme dans les livres de Jane Austen qui ne parlent que de fins heureuses. Et puis il laisse la phrase s’éteindre dans le salon, résonnant encore dans son cœur à lui. Il a toujours les doigts sur les touches, seulement ceux-ci sont à présent immobile. Doucement, son pied libère la pédale et le son s’efface.

« Voilà, j’aimerais que vous me donniez des titres de musique ou de chansons que vous appréciez. S’il vous plait, n’essayez pas de trouver ce que je connais déjà ou ce qui serait beau ou facile. Je veux n’importe quel style, n’importe quelle époque, mais que ça vous plaise et que vous me disiez ce que cette musique évoque chez vous. C’est pour m’entraîner à sortir de mes sentiers battus et travailler mon interprétation. C’est très important. J’aime mon agent mais il finit toujours par me redemander les mêmes morceaux. »

Sisel aussi, avec sa fille aux cheveux de lins.

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