Revenir en haut
Aller en bas

avatar
Totem de compagnie
Date d'inscription :
11/10/2017
Messages :
210
Voir le profil de l'utilisateur
Totem de compagnie
le Ven 15 Déc - 15:46
«Le temps n'aide pas à oublier mais à s'habituer»
Feat. Cole Walker
Tu observais la nuit à travers ta baie vitrée. La neige ne s’arrêtait pas de tomber depuis quelques jours et elle formait avec les illuminations de noël et de la ville un tableau étrange, mélancolique et beau. Les lumières de ton propre petit sapin y faisaient échos et toi tu étais là, fixant l’extérieur, debout devant ta fenêtre comme une âme en peine. Décembre était passé vite, entre les courses, les soirées, la neige et le froid et aujourd’hui vous étiez déjà le 21. Ton regard se porta sur ton sapin que tu avais acheté quelques semaines plus tôt. Tu n’aurais jamais cru en racheter un, un jour, mais voila que c’était fais et avec lui venait cet espoir infime que ce serait le dernier que tu passerais seul. Que la prochaine fois tu pourrais acheter un cadeau, que la prochaine fois tu pourrais avoir une famille. Ton sourire fleuri, léger, mélancolique, il est triste. Tu n’aimes plus noël depuis de longues années maintenant.

Tu soupires et tu portes ton regard à nouveau vers l’extérieur. Tu as envie de sortir, de voir le monde, cette vie joyeuse des fêtes à laquelle tu n’appartiens plus. Tu y avais gouté quelques jours plus tôt avec Gan et tu voulais la revoir. Tu voulais revoir cette effervescence, ce froid mordant mais ces sourires sur les visages. Tu voulais te blesser en te disant que tu étais seul, mais tu voulais voir. Tu étais dans un état second de mélancolie. Alors sans réfléchir réellement tu enfiles tes affaires et t’enfonces dans la nuit pour rejoindre ces points lumineux. Il fait froid, tes cheveux se parent déjà de quelques flocons disparaissant dans tes cheveux blancs, mais tu es étrangement bien. La chaleur des familles te réchauffe, ils sourient, rigolent, avancent avec leurs paquets pleins les mains. Bientôt les cadeaux seront finis et se seront les tables qui seront garnies. Tu enviais cela autant que ça te dégoutait. Ça te faisait penser à ces moments où tu voyais le sapin rempli de cadeau, où tu souriais heureux avant d’afficher une moue boudeuse « il y en a moins que l’année dernière » te souvenais-tu avoir sorti un jour. Quel être détestable. Misérable. Aujourd’hui tu n’en voulais plus, tu ne voulais plus de cadeaux, tu ne voulais plus de cet argent taché du sang de ton frère. C’était vraiment un sentiment étrange, cela te faisait parfois rire, parfois pleurer. Tu étais pitoyable, seul, et lamentable.

Les mains dans les poches tu avances silencieusement dans les rues de plus en plus bondés de la ville. Tu approches du marché. Tu y étais allé avec Gan quelques jours plus tôt mais aujourd’hui tu voulais le voir seul, sentir le vin chaud, les chocolats, les fromages fondus, les épices, observer les couleurs flamboyantes, écouter les rires, toucher les étoffes soyeuses et parfois gouter. Aujourd’hui tu avais décidé de jeter ton dévolu sur des marrons chauds. Bien grillés l’odeur t’avais appâté et tu n’avais que peu hésité avant d’en prendre.

Tu devais avoir l’air stupide ainsi seul au milieu du marché, déambulant dans les allées sans but, mais peu portait attention à toi. Et toi tu portais attention à tout. A cette petite fille sur les épaules de son père, à ces totems faisant office de sentinelles, à cet adolescent qui cherchait le meilleur collier, à ce groupe d’amis devant les friandises. Et toi tu souriais, tu observais et tu sentais Robin, confortablement à l’intérieur, aussi apaisé que toi.

Ton regard glissait sur les visages qui ne te voyais pas, il parcourait les yeux, les sourires, les profils, les mains glacées, les petites attentions. Puis il se figea, tu venais de croiser un regard. C’était de beaux yeux. D’un cyan marqué et saillant, ils te fixaient autant que tu les fixais. Tu fis un petit sourire, décidemment, il fallait que tu arrêtes de te regarder ainsi dans les miroirs.

Et puis ton reflet bougea. Il s’arracha de ton regard, effectua un mouvement que tu n’avais pas fait. Et c’est là que tu te réveillas. Ce n’était pas un reflet, ce n’était pas toi. Tu clignes des yeux, tu émerges de ta bulle, les sons que tu ne te souvenais pas avoir occultés revirent, la vie s’activa, la foule bougea et ton cœur loupa un battement. Tu…. Tu écarquilles les yeux. Ce n’est pas toi. Tu es plus bronzé, plus musclé, moins fin. Ce n’est pas toi.

Une vague de joie de submerge soudain alors que tu réalises, ton sourire devient éclatant, sincère, l’émotion de submerge, ta respiration se coupe. Tu ne sais quelle tête tu as en ce moment, figé au milieu de la foule à regarder ton reflet. Rêvais-tu ? Non. Ton imagination n’avait jamais été fournie, tu n’avais jamais imaginé ton frère -ton frère- ainsi. Il était trop pâle, trop distant, trop dissonant dans cette foule.

Sans attendre tu t’élances, ne c’était pas une illusion. Faites que ça n’en soit pas une. Faites que ce soit lui. Trop de fois tu avais attrapé l’épaule de quelqu’un te ressemblant, et trop de fois tu ne t’étais retrouvé que face à une pâle copie. Mais ton cœur s’emballe, tes jambes s’étirent, tu te fiches du monde que tu percutes, tu te frayes un chemin dans la foule alors que tu marmonnes fébrilement, la voix oscillant entre la joie et les larmes.

« Cole... Cole… Cole… »

_________________

Spoiler:
avatar
Curses
Date d'inscription :
11/10/2017
Messages :
238
Voir le profil de l'utilisateur
Curses
le Mar 19 Déc - 19:39

Comme chaque année, la période des fêtes était arrivée, avec son lot de guirlandes, de musiques, de marchandises, de films, de rouge et de doré et aussi de sourire dans les rues. Cole ne souriait pas. Cette période était la plus pénible de toutes, elle parlait beaucoup trop de bonheur et de famille. Elle le blessait comme un escrimeur qui voudrait le poquer encore et encore au cœur, sur plusieurs jours. Il ne pouvait même pas zapper sur sa télé pour éviter d'y penser, Noël avait tout envahi. Alors, il devait passer ses soirées en silence, dans son petit studio qui semblait encore plus sombre comparé aux nombreuses loupiottes scintillantes au-dehors. Il n'avait pas de congés à prendre, il préférait même travailler le maximum de jours dans l'année, n'ayant pas particulièrement de hobbies, mais il en prenait quand même pendant les jours J de Noël pour éviter de croiser le personnel de l'hôpital et devoir leur souhaiter de bonnes fêtes avec le sourire. Il supportait déjà les décorations dans les couloirs tout le mois de décembre.
La tortue ne lui en voulait pas de s'isoler encore plus à la fin décembre. Évidemment qu'elle aurait aimé pouvoir être la famille dont il avait besoin à ce moment-là, comme aux autres périodes de l'année, mais ce n'était pas pareil. Elle, elle aimait bien les décorations lumineuses et le rire chaud du Père Noël, mais jamais elle ne demandait à Cole que ses envies soient réalisées. Elle le soutenait par sa présence silencieuse, inconditionnellement, sans s'imposer.

En ce jour du 21 décembre, Cole était allongé sur son vieux canapé à contempler le plafond. Il ne travaillait pas aujourd'hui, il s'était réveillé un peu plus tard que d'habitude et n'avait eu aucun projet. Tournant en rond dès qu'il s'était levé, il avait passé l'aspirateur avant d'aller dans la baignoire se tailler les cuisses comme il se serait coupé les ongles. Comme ça. Parce que ça faisait un moment. Parce que ça faisait couler les minutes avec le sang. Il suffisait de pas grand chose, juste deux coupures, une de chaque côté et on regardait comment le liquide évoluait jusqu'au siphon. Liquide épais, il serpentait lentement, miroitant l'éclat blanc et froid de l'ampoule de la salle de bain. Cole le faisait toujours nu et assis. Il attendait presque d'avoir froid pour arrêter ses sessions. En réalité, il avait rapidement froid et attendait que l'envie de l'eau chaude de la douche soit plus forte que celle de rester immobile à regarder son sang. Généralement, il tremblait à ce moment-là mais son regard restait fixe encore un moment. Il s'écoutait trembler et se parlait sans s'écouter. Allez Cole, c'est le moment, t'as froid, tu le sais, prends ta douche. Allez. Cole. Il suffit de te décoller de la faïence et de te diriger vers le pommeau. Ton sang a séché sur tes cuisses, ce n'est plus la peine d'attendre.
Au bout d'un moment, ça marchait et l'eau finissait par dégouliner de sa tête à ses pieds, picotant ses coupures au passage, sensation agréable et désagréable à la fois. Cette petite douleur signifiait qu'il était lavé de cette auto-mutilation tout en lui faisant sentir que c'était mal.

Pour l'heure, Cole sentait encore les pansements contre sa peau et triturait ses cheveux d'une main, le pied ballant dans le vide. Il n'a pas envie de lancer le nouvel épisode d'une série ni même un film. Il n'a pas faim, il n'a pas envie de lire. Pas besoin d'aller au jardin entre décembre et février. Et il n'avait rien à préparer pour personne.
C'est alors qu'il repensa à Euphylie et à Bullet, ses deux dernières rencontres. Rencontre inespérées quand on y pensait. Il ne savais pas encore que penser de la première, mais elle avait cette douce aura, contrairement à la seconde qui portait beaucoup d'agressivité et qui, pourtant, arrivait à faire passer des sortes de bons moments au solitaire. Il avait cru comprendre qu'elle non plus ne vivait plus en famille et même vivait difficilement. Cela fit naître en lui l'envie de lui apporter un petit quelque chose qu'elle retrouverait entre leurs sessions. Une sorte de... cadeau. Zut, c'était l'ambiance de Noël qui lui insufflait cette idée ou une réelle envie de lui offrir un présent ? Perplexe, Cole hésita. Longtemps. Puis finit par se lever, prendre son porte-feuille, son écharpe et sa veste sous laquelle la tortue fut portée sa place habituelle. C'était décidé, il irait au marché de Noël, mais en coup de vent.

L'idée était d'en rester aux premiers stands à l'extérieur, pour ne pas s'engouffrer dans l’entremêlas de gens, mais il n'y trouva rien et avança d'un stand au suivant, puis au suivant et au suivant. Jamais il ne se le serait avouer, mais la magie de l'ambiance, des lumières et des odeurs l'avait envahi à son arrivée. Son âme d'enfant avait pris le dessus et dans ses yeux brillaient les reflets des merveilles exposées.
Planté depuis une minute devant un étal de décorations, il prit dans sa main une petite boule de Noël qui l'avait attiré par sa jolie couleur bleutée. C'était le premier objet pour lequel il se dit qu'il plairait à Bullet et qu'elle trouverait sûrement un endroit chez elle pour l'accrocher, même sans sapin. Il leva les yeux vers le vendeur qui était occupé avec un client. Dans l'attente, il regarda alors le marché autour de lui, jetant un regard aux visages des gens jusqu'à apercevoir le sien.

Sans prévenir, dans tout ce défilement de têtes, une personne se déplaça et derrière elle apparut son propre visage. A un détail près : une mèche blanche. Son ventre s'était immédiatement creusé dans un vertige douloureux, sans que Cole comprenne tout de suite pourquoi. Pourquoi voyait-il ce visage modifié ? Pourquoi vivait-il sous ses yeux, à plusieurs mètres de lui ? Pourquoi semblait-il réel ? Cole n'avait pas mangé de la journée, mais ça ne suffisait pas pour avoir une pareille hallucination. Rien n'avait de sens mais tout lui criait la seule et unique vérité qu'il ne voulait pas entendre.

C'est Kieran...

Non. Son frère avait 10 ans, c'était un petit garçon et il n'avait pas de mèches blanches.

C'est Kieran...

Impossible. Son frère n'était pas à Toronto.

C'est Kieran... Et il venait de te voir.

Cole se mit immédiatement à courir, à fuir, la boule toujours à la main. Il n'avait pas réfléchi, il s'était enfui. Bousculant les gens pour la première fois de sa vie, son cœur battait plus vite que sa course effrayée. Il respirait difficilement, sa gorge lui faisait mal, ses yeux s'embuaient et ce n'était pas le vent froid. Tout se floutait, tout le brûlait, il courait comme il pouvait, mais rien ne s'éloignait. Alors il devait continuer de courir loin, le plus loin possible de tout ça. Les pensées se bousculent beaucoup plus que la foule qu'il traverse. Elles l'assaillaient toutes en même temps, il n'arrivait pas à les trier, il ne pouvait que subir un effroi qu'il ne pouvait nommer. Il n'était pas en capacité d'affronter tout ce que ce visage représentait. Faites qu'il ne soit pas réel...

_________________
Me'n'ma brotha:







avatar
Totem de compagnie
Date d'inscription :
11/10/2017
Messages :
210
Voir le profil de l'utilisateur
Totem de compagnie
le Mar 19 Déc - 21:56
«Le temps n'aide pas à oublier mais à s'habituer»
Feat. Cole Walker
L’odeur des épines de sapin te revenait en mémoire. Le son des boules et des guirlandes que vous accrochiez sur ce pauvre arbre que vous aviez acheté. Les chocolats que vous dégustiez avec plaisir. La chaleur du corps de ton frère contre le tien alors que vous vous cachiez sous la table pour prendre le père noël sur le fait. Son sourire lorsqu’il ouvrait son cadeau. Le tien un peu jaloux. Le regard attendri de votre mère. Les musiques et les chants de noël. Ce moment où vous pouviez pour une fois rester en pyjama presque toute la journée. Ce frère qui partageait ce moment familial, ce frère avec qui tu parlais de tout et de rien, ce frère avec lequel tu dormais, ce frère sur lequel tu veillais. Ce frère sur lequel tu avais failli.

Il était là.

Tu avançais à travers la foule et pourtant tu avais l’impression de courir sur place. Les sons, les odeurs, les gens, les rires et les sourires, tout c’était effacé. Et toi, tu courrais après un fantôme. Ces yeux, ce visage, c’était lui. Ta voix murmurait, ton cœur balançait, il battait, et tu avançais dans une marre de gens qui te semblait de plus en plus dense. Elle te semblait t’entraver, t’attraper et t’empêcher d’avancer. Elle t’étouffait et tu le voyais qui s’éloignait.

« Non ! » Hurles-tu sans t’en rendre compte. Tes yeux s’humidifient. Non. Tu l’avais retrouvé tu ne pouvais le laisser filer !

Tu y mets plus de force, tu t’extirpes de tes lianes, tu transpires, tu trembles mais tu t’échappes. Tu es libre. Alors tu évites la foule, tu te faufiles, tu respires, retrouve la surface et poursuit ta course. Cette fois pourtant tu redouble d’effort, tes jambes s’activent et tu cours, tu cours après ton fantôme, tu cours comme si ta vie en dépendait, ignorant ta respiration sifflante, la transpiration qui venait de te recouvrir, les gens qui te regardaient bizarrement. Ils ne pouvaient pas comprendre ce sentiment qui te traversait. La joie était présente, dans un coin, masqué par le désespoir de le perdre, plongé dans un gouffre de tristesse.

Et puis cette pensée arrive. Elle se fraye un chemin, elle s’extirpe à son tour et amène avec elle un petit sourire soulagé sur tes lèvres. Il est en vie. Et puis tu serres les dents. Tu t’énerves. Non tu ne pouvais pas le laisser s’échapper. Tu le vois dans ton champ de vision maintenant, il court aussi et tu as cette sensation bizarre de courir après une illusion, un mirage. Et si, une fois que tu l’auras rattrapé, ce n’était qu’une image ? Qu’un nuage que le spectre de noël t’aura apporté avec sadisme ? Tu serres les poings, tu accélères et tu fini par hurler le nom de ton totem, comme si tu l’invoquais soudainement comme dans un film de science-fiction.

Mais Robin est là, il comprend et a peine prend-il forme physique qu’il s’élance, te dépasse, zigzag entre les personnes pour venir rattraper ton frère. Tu sens à travers lui le raz de marée de sentiment qui te transperce, il est perturbé, joyeux, impatient, furieux contre tout, il veut s’approcher, il veut voir, alors il accélère et bien vite il dépasse ton frère pour venir se positionner face à lui, de sa posture la plus menace, l’intimant de s’arrêter au milieu de ce parc enneigé.

Tu ne sais pas si c’est ça ou bien si c’est toi, mais tu fini par le rattraper. Tu vois les mètres qui se réduisent et finalement tu es à porté de bras. Sans attendre tu lui saisi le bras, tremblant, hésitant, tu enfermes tes longs doigts sur son être.

Un frisson glacial te parcourt, tu trembles, ta respiration est haletante et tu ne sais plus si les larmes qui glissent silencieusement sur tes joues sont ta joie, ta peine ou ta souffrance. Tu le force à se retourner. Faites que ce soit lui adresses-tu à nouveau. Tu le fixes alors dans les yeux, ignorant ce parc autour de vous, les quelques passants qui vous regardait bizarrement, la nuit qui tombait et cette neige qui se remettait à tomber.

« Cole… »

A croire que tu n’avais plus que ce mot à la bouche : tu ne l’avais pourtant pas prononcé depuis plus de dix ans…

_________________

Spoiler:
avatar
Curses
Date d'inscription :
11/10/2017
Messages :
238
Voir le profil de l'utilisateur
Curses
le Mar 19 Déc - 23:28

Cole n'avait pas de stratégie, c'était hors de sa portée. Il n'arrivait qu'à courir tout droit. Il avait quitté le marché et sa foule, mais se retrouvait sur un trottoir avec une autre foule et la neige qui crissait sous ses pas précipités. Ses bras le déséquilibraient à force de repousser des gens entravant sa course, le menaçant de le faire trébucher à tout moment. Il avait dû ranger la boule de Noël dans sa poche pour mieux s'en sortir. Toutes les lumières sur le fond noir de la nuit, autrefois chatoyantes, ne ressemblaient plus qu'à un fouillis vibrant, défilant aussi vite que les passants. En plus de ces flashs, persistait derrière les rétines de Cole l'image de ce visage à la fois inconnu et familier. Il ne pouvait pas y croire. Ce n'était sûrement qu'une personne qui lui ressemblait. Bien sûr que non, Cole n'aurait pas fui de la sorte sinon. Il le savait mais ne voulait pas l'admettre. Son corps lui ordonnait ce qui avait été son réflexe toutes ces années : la retraite dans la solitude. S'il disparaissait, s'il n'était pas rattrapé, alors rien ne changerait et il ne souffrirait plus. Il avait réussi à oublier, à s'en passer toutes ces années, à vivre seul avec le moins de souvenirs possibles. Il n'avait plus sa place dans ce qui était auparavant sa famille. On avait été on ne peut plus clair avec lui sur ce point et il avait dû s'y faire. Il avait dû s'en déchirer lui-même. Pour d'autre, se séparer de sa famille ressemblait peut-être à un simple "couper les ponts" mais pour lui, ç'avait été comme arracher sa propre peau. Il ne voulait pas revivre cette douleur, il ne voulait pas de ces coups de poignards dans le cœur et le ventre qu'avait été cette simple vision de ce visage à la mèche blanche.

Dans cette roue infernale qu'il vivait à toute allure, il entendit un bruit furtif le dépasser et eut tout juste le temps de reconnaître un félin sauvage avant de devoir ralentir et de s'arrêter dans le square qu'il traversait, coincé comme une proie apeurée sans aucun moyen de défense. Il sentit la tortue se serrer contre lui comme elle put, il n'avait même pas la force mentale de lever une main vers elle pour la réconforter. Son prédateur les avait rattrapés, ils étaient sûrement complices... Ils étaient sûrement les mêmes et Cole ne reconnaissait absolument pas ce totem. Tout ce qu'il pouvait ressentir face à lui était de la peur. Peur qui se doubla quand il sentit une main sur son bras. Peur qui le figea, yeux écarquillés, cœur plus que terrifié et muscles tétanisés. Il fut contraint à se tourner, à voir, à le regarder, à affronter ce qui était la pire des tortures pour lui : l'espoir des retrouvailles.

C'est Kieran...

Les frères se scrutèrent l'un l'autre. Ils s'étaient reconnus tout de suite, après toutes ces années, toutefois il leur fallait se redécouvrir. Kieran avait... les mêmes yeux et... c'était tout. Cole n'arrivait pas à retrouver quoi que ce soit d'autre dans ce visage, dans cette stature, dans ce miroir car, justement, c'était un miroir et la seule personne qu'il connaissait avec ce visage était lui-même. Kieran n'était pas Cole, il n'était pas ce grand garçon voûté, délavé par les Curses, craintif. Kieran était un petit enfant tout sourire, joufflu, bondissant, avec les cheveux tout noirs. Cole butait vraiment sur cette mèche aussi blanche que la neige qui les recouvrait en silence. Silence aussi lourd et pesant que leurs respirations essoufflées. Cole aimerait ne pas voir cet étranger, faire comme s'il n'était pas là comme il l'avait fait avec sa douleur tout ce temps passé, mais il ne pouvait plus le quitter des yeux.

Penché en arrière, épaules crispées, Cole ne s'attendait pas à entendre son prénom prononcé dans la pénombre et encore moins par ce ton de voix si changé et si reconnaissable à la fois. Sa gorge se serra et pourtant un mot voulait en sortir en réaction. Extirpant ces syllabes du fond des âges, du fond de l'oubli forcé, retrouvant avec grand effort la manière de les articuler, chevrotant dans sa bouche, Cole finit par prononcer l'impensable au bout de plusieurs secondes d'incrédibilité :

« Kie...ran »


Dernière édition par Cole Walker le Jeu 21 Déc - 21:44, édité 1 fois

_________________
Me'n'ma brotha:







avatar
Totem de compagnie
Date d'inscription :
11/10/2017
Messages :
210
Voir le profil de l'utilisateur
Totem de compagnie
le Jeu 21 Déc - 21:11
«Le temps n'aide pas à oublier mais à s'habituer»
Feat. Cole Walker
Ta main s’était refermée sur de l’intangible. Une illusion, un mirage, un spectre irréel. Du moins c’était ce que tu croyais avant que la texture du tissus, la chaleur de la peau et la pression des muscles te convainquirent du contraire. Non c’était bien là, réel, tangible, et à tes côtés. Alors que les sentiments et les émotions semblent jouer un combat interne intense pour savoir lequel prendrait le dessus, tes lèvres s’arment d’un petit sourire incrédule et sincère. Tu n’en revenais pas. Tu avais infiltré les Curses, tu avais changé de pays, tu avais tout plaqué pour venir le retrouver et tu avais fini par réussir… par hasard.

Heureux, tu l’es, un peu masqué par la surprise, et lorsque finalement il se retourne tu ne peux retenir une vague chaude, brulante même, qui remonte le long de ton ventre pour venir abriter ton cœur d’une douce lueur. C’était lui. C’était ses yeux, son regard, ses pommettes. Evidemment il avait pris de l’âge, il avait grandi, ses yeux n’arboraient plus cette étincelle que tu lui connaissais, ses joues avaient perdue leurs rondeurs enfantines, mais c’était lui. Alors tu le regardes, tu le dévisages, tu récoltes le maximum d’information sur lui : tu veux chasser ta propre image. Tu ne veux plus que ton reflet soit le sien. Petit à petit, alors que tu restes silencieux, ton frère reprend sa place dans ta mémoire. Son visage s’ancre sur son visage, chassant toute trace de ton imagination.

Et puis il prononce ton nom et cela achève de convaincre ta conscience que c’était bien lui. Tu le fixes un peu surpris, tu ne t’étais pas attendu à ce qu’il prononce ton nom. T’étais tu simplement attendu à ce qu’il se souvienne de toi ? Tu serres les dents et chasse cette pensée impure, cette affreuse idée qu’il avait peut-être tout simplement choisi de ne jamais revenir, même s’il le pouvait. Tu dégluti.
Et maintenant ?

Tu avais fait ce scénario dans ta tête un nombre incalculable de fois, ce moment où tu arrivais triomphant, où tu lui souriais et lui disait que tu étais son frère et que tu venais le libérer de l’horrible emprise de la mafia. Mais tes plans s’effacent, ils ne laissent place qu’à un blanc profond. Vos respirations se mêlent presque, le froid était présent et tu commençais maintenant à sentir la neige sur tes cheveux, sur ton manteau et le froid mordant qui t’atteignait peu à peu. Mais tu t’en fiches, tu ignores, tu laisses ton regard dans celui-ci semblable au tien.

Et puis subitement, sans prévenir, tu attrapes ton frère pour venir l’enlacer de toutes tes forces. S’il voulait s’échapper c’était mort, tu le retenais. Tu sentais son corps contre le tien, il était plus fin que toi. Tiens… vous aviez la même taille. Tu le serres, peut-être plus que nécessaire mais les émotions te traversent à nouveau et voila que quelques larmes viennent à nouveau parsemer tes joues. Tu le serres, tu te fiches de ce qu’il peut penser, tes émotions te submergent.

Tu l’avais retrouvé.

Tu sens sa tête à côté de la tienne, cette forme étrange sur son torse, son attitude un peu crispée. Que devait-il penser de toi ? Tu serres les dents avant de finalement parler. Tu brises le silence que tu avais laisser s’imposer, incapable de savoir quoi dire ou quoi faire.

« Je te cherches depuis tellement longtemps…. »

Murmures-tu. Il fallait que tu lances la conversation, que tout cela se matérialise finalement, que tu sortes de cette transe étrange où tu avais la sensation de n’être que tous les deux au monde, que tu reprennes ta vie, ta vie avec ton frère.


_________________

Spoiler:
avatar
Curses
Date d'inscription :
11/10/2017
Messages :
238
Voir le profil de l'utilisateur
Curses
le Jeu 21 Déc - 22:42

Dès que les deux prénoms furent prononcés, le temps s'arrêta et l'espace gravita autour d'eux. Cole... et Kieran... réunis... Toute la distance avait été réduite, coupée, anéantie et pourtant, cette proximité physique était trop abrupte pour Cole. Dans ses souvenirs, dans sa tête et dans son cœur, son frère Kieran n'était plus qu'un écran de fumée confinée dans une armoire laissée au Texas. Jamais il n'avait conçu que cet être reprenne vie et parcourt les kilomètres qui les séparaient. Probablement que Kieran s'était autorisé l'espoir qu'ils se retrouvent un jour, mais Cole s'était prohibé cette idée depuis plus de 15 ans maintenant. D'ailleurs, pourquoi espérer ? Si sa mère l'avait vendu mais avait gardé Kieran à ses côtés, c'était en toute logique parce qu'ils étaient deux à ne plus l'aimer. Ils avaient dû être très heureux de s'être débarrassé de lui. Et dire que Cole avait cru avoir un frère qui l'aimait jusqu'à son kidnapping.

Et malgré tout... les expressions de Kieran lui sautaient au visage et il les subissaient toutes. Il y avait bien eu un sourire, non ? Il avait réagi à son prénom par un sourire. Un sourire... Celui de son frère... Pour... pour lui ? Cole ne comprenait même plus ce qu'il ressentait lui-même. Leurs yeux exprimaient trop de choses, il n'arrivait plus à suivre et il continuait de douter bêtement de cet adulte étranger qu'il n'avait jamais connu ou alors dans une dimension parallèle. Cela lui était presque mentalement impossible de juxtaposer ce visage qui était le sien mais qui était aussi celui d'un autre et que cet autre contienne à l'intérieur de lui son frère à tout jamais perdu.

Quand soudain, il fut happé par des bras puissants et terriblement fraternels. Immédiatement, Cole se débattit, il voulut s'en défaire, quitter cet entrave, quitter cette prison de chair et de sang, il avait l'impression qu'on allait le ramener en cellule de test et la peur reprenait le dessus. La prison n'en démordait pas cependant. Il avait beau essayer de reculer, de pousser sur le torse de l'individu, il ne réussit pas à s'en dégager, parce que... parce que c'était un câlin. De son frère. De Kieran.

Kieran, le seul être qui comptait autant pour lui. Kieran, la joie et la fraternité incarnée. Kieran, son compagnon de toujours qu'on lui avait dérobé avec tout le reste au crépuscule de son enfance.

« Je te cherche depuis tellement longtemps… »

A ces mots, les forces de Cole le quittèrent. D'un coup, il ne fit plus aucun geste et se permit de ressentir tout ce qui le traversait.
Il ressentit d'abord l'étreinte douce et désespérée de Kieran, qui ne l'étouffait plus du tout. Il entendit son propre cœur battre pour mille raisons. Il se rendit compte que sa respiration avait perdu toute harmonie. Il constata que son frère était un être qui le touchait et qu'il pouvait toucher lui aussi, s'il le voulait.

Cole leva alors lentement une main tremblante. Au fur et à mesure qu'elle s'élevait, elle se rapprochait du buste de Kieran, hésita une dernière seconde avant de se poser dans son dos. Tout de suite après, son autre main vint se plaquer juste à côté et empoigner le vêtement de toutes ses forces, pendant que Cole enfonçait son visage dans le creux de l'épaule.
Et tandis que coulèrent ses premières larmes depuis 17 années de solitude et de torture qui étaient venues à bout de lui et avaient asséché ses yeux, Cole poussa un râle déchirant. Dans son cri se mêlaient la tristesse et la joie. C'était ça, c'était de la joie qu'il ressentait depuis que Kieran l'avait rattrapé et il se permettait enfin de la vivre pleinement. Il ne l'avait pas reconnue au premier abord et la vague qu'elle avait créée en lui était trop immense pour l'enfant qu'il était. Elle déferlait désormais sur lui et il se laissait porter. Il agrippait la veste de son frère, encore et encore, comme s'il allait lui glisser des mains. Il embrassait à corps perdu cette sensation de ce corps miraculeusement retrouvé contre le sien, tandis que son râle se transformait en long sanglot brisé. Maintenant, il avait trop peur que Kieran disparaisse par enchantement, aussi vite qu'il était apparu, et qu'il se retrouve à nouveau seul pour le restant de ses jours.

Remontant son visage à la surface, la vue brouillée par les larmes, il émit des sons plus que fébriles.

« Je... Je pensais jamais te revoir, tu... Tu pensais donc à moi ? »


Dernière édition par Cole Walker le Ven 22 Déc - 21:37, édité 2 fois

_________________
Me'n'ma brotha:







avatar
Totem de compagnie
Date d'inscription :
11/10/2017
Messages :
210
Voir le profil de l'utilisateur
Totem de compagnie
le Ven 22 Déc - 9:35
«Le temps n'aide pas à oublier mais à s'habituer»
Feat. Cole Walker
Ton cœur avait bondi. Il s’était enveloppé, ton sourire s’était élargi et ton étreinte c’était faite plus présente. Il te rendait ton élan. Tu avais pensé qu’il se débattrait -ce qu’il avait fait à vrai dire- mais maintenant il se détendait, il s’accrochait à toi et toi tu exultais. Etait-ce plus simple que prévu ? Avais-tu finalement prévu quelque chose ? Etait-ce fini ? votre relation allait reprendre son court comme si aucune année n’était passée entre temps ? Tu soupires un peu, tu étais bien naïf de penser cela mais tu profitais de l’instant présent. De la chaleur de ton frère, de son étreinte qu’il te rend, de ce cri déchirant qui te fige un peu, de son visage enfouit dans ton cou.

Ton frère. Ce mot te semblait si étrange maintenant. Avant, tu ne faisais que le penser, telle une prière, un mot saint, peut-être même interdit, un mot qui rappelait bien trop ta jeunesse solitaire. Tu ne le disais jamais, tu avais toujours tu avoir eu un frère, était-ce par honte ? Inquiétude ? ou bien Jalousie ? Voulais-tu être le seul à savoir, être le seul à lier cette histoire qui vous concernait ? Aujourd’hui, en cet instant, ce mot venait de changer, il venait de trouver son propriétaire, son appartenance. Aujourd’hui ton frère était bien en chair et en os, il était là, dans tes bras, s’accrochant à toi comme à une bouée de sauvetage. Ce constat de fit un peu grimacer. Qu’avait-il vécu depuis toutes ses années ? Depuis le temps que tu étais dans la mafia, tu avais eu un écho de ce qu’il se passait avec les enfants enlevés… ou bien vendu. Ce mot qui te rappela la mort de ta mère et la naissance de tes cheveux blancs. Devais-tu lui dire ?

Non, pas pour l’instant, le temps n’était pas aux explications. Etait-il au courant qu’il avait été vendu ? Tes poings se serrent sur sa veste, la haine envers ta mère -votre mère- refaisant surface, la honte avec elle.

Mais Cole se mit à te répondre, et tu devinas que le temps des émotions était mis de côté. Il fallait parler. Il fallait raconter, comprendre, renouer. Alors tu t’écartes un peu de lui pour le regarder dans les yeux, piqué de la remarque de ton frère.

« Bien sûr que j’ai pensé à toi. Tous les jours, dès que je me voyais dans une vitre. Je n’ai jamais cessé de te chercher »

Tu mentais. Tu avais arrêté. Ta mère t’en avait convaincu. Tu avais vécu dans ton petit monde de richesse, profitant de la vente de ton frère sans chercher à comprendre pourquoi. Tu avais arrêté, presque dix ans, avant que ta mère ne te le rappelle. Mais tu ne le précisas pas. Tu argumenterais et défendrais le peu que tu avais à défendre un autre jour. En attendant, tu te rongerais dans la culpabilité comme tu le faisais depuis maintes années.

Tu fixes ton frère et lui offre un petit sourire. C’était tellement étrange. Mais si l’étrangeté de tout cela te perturbait, ton naturel revint rapidement. Tu étais l’optimiste, le cancre, le joyeux, celui qui entrainait toujours tout le monde dans toute sortes de choses. Tu étais celui qui prenait les devants. Cela avait toujours été et aujourd’hui ce le serait encore.

« Que … s’est-il passé ? »

Tu sursautes alors que Robin avait soudainement décidé de venir se frotter à tes jambes et celles de ton frère sans distinction, reflétant votre joie de le retrouver.


Dernière édition par Kieran A. Walker le Sam 23 Déc - 10:40, édité 1 fois

_________________

Spoiler:
avatar
Curses
Date d'inscription :
11/10/2017
Messages :
238
Voir le profil de l'utilisateur
Curses
le Ven 22 Déc - 21:53

Tous les jours, dès que je me voyais dans une vitre. Cole n'avait jamais pensé à Kieran en voyant son reflet. Il fallait dire que lui-même n'avait pu observer son reflet évoluer entre ses 10 ans et ses 12 ans, avant qu'il ait eu un simulacre de chambre avec un miroir digne de ce nom. Il y avait bien eu son fantôme dans les vitres teintes de certaines salles d'expérimentations, mais il faisait en sorte de ne pas se regarder. Il ne voulait pas se voir souffrant, il ne voulait pas se voir souffrir, il ne voulait plus se voir du tout. En ces temps-là, il souhaitait disparaître. Il s'était redécouvert bien plus tard, quand il avait finalement choisi de continuer à vivre et aussi quand la puberté était arrivée, lui donnant un début de barbe l'obligeant à se scruter dans le miroir. Il n'y avait eu que deux-trois années de battements mais son jeune corps portait déjà trop de traces de son vécu, il n'aimait pas croiser son propre regard. Il n'avait jamais trouvé une seule once de beauté ou de délicatesse dans son visage alors que, là, tout de suite, il trouvait que son frère était foncièrement beau. Surtout quand il souriait. Personne n'avait eu un tel sourire pour lui depuis si longtemps...

La question de Kieran le prit de court. Le fait qu'il veuille savoir n'était pas étonnant mais Cole ne lui répondrait pas. Pas tout de suite. Alors qu'il venait de retrouver la seule personne capable de le sortir de son malheur, le voilà qu'il l'y replongeait. Même si c'était involontaire, Cole ne put empêcher les images du QG des Curses défiler chronologiquement dans son esprit, alors qu'il ne voulait pas les revivre.
Sauvé par le gong, il put éviter de répondre à cette question grâce au totem qui était venu se coller à eux. Pour la première fois depuis des siècles, il touchait un totem étranger et, bizarrement, il n'en fut pas dérangé. Il leva un bras pour mieux voir le félin et d'autres souvenirs ressurgirent à sa vue. Le totem de son frère... Il avait donc pris cette forme-là. Il semblait vigoureux et majestueux. Cole en eut presque honte d'avoir une tortue. D'ailleurs, il l'avait complètement oubliée. Il l'écouta et entendit qu'elle aussi était heureuse. Elle ne lui en voudrait pas s'il la cachait encore un peu, elle comprenait que tout ceci était encore trop délicat pour lui. Pour eux deux. Pour l'heure, il observait le félin. Un léopard ? Un guépard ? Il avait envie de le caresser mais se retint. On ne touche pas les totems. Un bon totem est un totem qui n'existe pas, soufflaient les Curses. Mais la tortue existait et elle était bonne pour lui. Le félin existait. Son frère existait. Il retourna son regard vers lui et remonta alors un autre souvenir. Celui du jour où ils avaient donné des noms à leur totem qui resterait, il s'en rappelait même très bien. Un de ses rares souvenirs heureux. Lui avait abandonné l'appellation, mais est-ce que son frère...

« Il... Est-ce qu'il s'appelle toujours Robin ? C'est quel animal exactement ? »

Il en profita pour s'essuyer les yeux et continuer à regarder Kieran et le totem, gardant une main toujours agrippée à son frère, au niveau du coude.


Dernière édition par Cole Walker le Sam 23 Déc - 13:38, édité 1 fois

_________________
Me'n'ma brotha:







avatar
Totem de compagnie
Date d'inscription :
11/10/2017
Messages :
210
Voir le profil de l'utilisateur
Totem de compagnie
le Sam 23 Déc - 10:56
«Le temps n'aide pas à oublier mais à s'habituer»
Feat. Cole Walker
Ta question avait clairement été effacée par les frottements de Robin. Tu avais senti cette petite tension dans le corps de ton frère, cet imperceptible mouvement qui te faisait dire que tu avais appuyé là où tu n’aurais peut-être pas dû. Tu avais grimacé à ta bêtise avant de porter à ton tour ton regard vers ton totem. Parfois tu oubliais l’animal qu’il représentait mais aujourd’hui tu le voyais à nouveau, majestueux, sa fourrure se recouvrant doucement de blanc – comme vous d’ailleurs – et heureux de retrouver ton frère. Tu souris et t’écartes un peu plus de ton frère. Cela commençait presque à devenir bizarre maintenant, mais tu appréciais ce léger contact que Cole cherchait à garder avec ton coude.

Tu étires ton bras pour venir caresser la tête de ton totem, sentant sa fourrure humide. Tu en connaissais un qui allait finir rapidement sous la douche. Non pas qu’il aimait particulièrement l’eau, mais il ne supportait pas l’odeur de sa fourrure humide. On dirait un chien mouillé et Robin avait le moins du monde envie de ressembler à un chien. Tu souris à cette pensée, il était parfois aussi précieux que toi celui-là. Ton attention est à nouveau attirée par ton frère -ton cœur bondit à cette appellation, tu allais devoir t’y faire. Ton sourire s’élargi, amusé et foncièrement heureux. Il n’avait pas oublié… Tu allais lui répondre mais Robin te prit de court pour venir quémander la main de ton frère. C’était vraiment étrange de le voir aussi proche de quelqu’un d’autre que toi. Habituellement il n’aimait vraiment pas être touché par quelqu’un d’autre. Une fois même un petit enfant innocent s’y était tenté et le guépard avait grogné.

« Je n’aurai changé son nom pour rien au monde. C’est un guépard royal. Je ne savais pas vraiment que ça existait mais la ligne noire sur le dos en est la caractéristique »

Tu fixes Robin quelques secondes avant de porter ton regard rapidement sur Cole.

« Et Batman ? »

Ta question avait été rapide, tu avais voulu demander comment le totem allait avant que ta langue ne se taise. Tu en avais entendu parler, de ces expériences que faisaient les Curses. Evidemment tu ne savais pas exactement ce qu’ils faisaient, mais beaucoup de tes amis chez les Balms en parlaient, de cette idée stupide que les totems ne devraient pas exister. C’était d’ailleurs pour cela que tu avais plus facilement pu entrer chez les Balms, au moins chez eux, tu étais considéré comme quelqu’un de normal. Alors tu n’avais eu que ton imagination pour comprendre ce qu’il se passait dans ces laboratoires.

Ton regard changea un peu, tu fixas ton frère plus intensément, ses yeux vides, son visage creux, sa peau pâle, et ces petites choses qui te faisaient clairement dire qu’il n’avait pas eu la même vie que toi. Tu grimaces et serre les poings, que devais-tu dire maintenant ? L’assommer avec ton présent ? Le questionner sur le sien ? Sur son passé ? Parler de cette fameuse nuit ? Aller boire un café ? Tu dégluti : maintenant que tu y pensais, tu commençais à avoir un peu froid avec cette neige…

« Je… je commences à avoir froid. Tu veux qu’on aille quelque part ? J’habites un peu loin mais tu peux venir si tu veux… »

Evidemment, la question de la séparation ne se posait pas, tu comptais bien rester avec ton frère toute la soirée s’il le fallait. L’émotion un peu redescendue, quoi que parfois ton cœur n’en revenait toujours pas, tu te rendais compte que vous alliez devoir mettre beaucoup de choses au point. Et surtout apprendre à revivre l’un avec l’autre. Il était évident que maintenant que tu l’avais retrouvé, tu ne laisserais pas Cole tranquille.


_________________

Spoiler:
avatar
Curses
Date d'inscription :
11/10/2017
Messages :
238
Voir le profil de l'utilisateur
Curses
le Dim 24 Déc - 1:55

Un guépard royal. Kieran était donc devenu encore plus cool que quand il l'avait connu. Il avait envie de lui demander sa vie. Il l'imaginait heureuse et voulait la vivre par procuration, s'évader en l'écoutant, ne plus penser à la sienne. Malheureusement, il savait que s'il faisait ça, Kieran ne manquerait pas de lui demander sa version à lui, renvoyant toute ses questions, et Cole ne voulait pas raconter son vécu. Il ne voulait pas raviver ses plaies et encore moins les faire subir à son frère. Il savait qu'il commencerait par élucider ou mentir, comme présentement.

« Batman, euh... Je te la montrerai plus tard. »

Sous-entendu "je la garde actuellement dans mon corps". Il avait presque honte de la tortue en comparaison du guépard. La ré-appeler ainsi lui donnait une étrange sensation. Il n'était plus sûr de pouvoir lui redonner ce nom un jour. Peut-être y arriverait-il grâce à Kieran ? Peut-être que si lui continue de l'appeler Batman, elle récupérera cette identité à force. Peut-être Cole renouerait totalement avec son totem. Était-ce possible que certaines choses redeviennent comme avant ?

Il s'étonna de sentir une tête velue se frotter contre sa main libre. Levant les sourcils, il observa l'animal quémander un contact. Il n'y avait pas à dire, c'était bien le totem de son frère... Cole le laissa faire quelques secondes, domptant le moment, tâtonnant cette présentation officielle. Il était si doux au toucher, c'était agréable, même mouillé par la neige. Et puis, Cole bougea ses doigts et le gratta derrière les oreilles et sur les joues. Il. touchait. un autre. totem. et ce totem l'acceptait avec plaisir. Cela avait été aussi inconcevable que revoir son frère quelques minutes auparavant et cette nouvelle sensation l'emplit aussi de joie sans qu'il sut encore comment traiter toutes ces effluves d'émotions. Un fin sourire s'était dessiné sur son visage, bien maigre en comparaison de tout ce qu'il ressentait. Ses muscles faciaux devraient eux aussi réapprendre à s'autoriser à exprimer du positif.
Rien que cette petite attention lui faisait oublier beaucoup de choses et le faisait se sentir sur un tout petit nuage. Quand il y réfléchissait, il se dit que, normalement, sa tortue aurait dû être celle qui lui aurait permis d'atteindre ce petit état de bien-être, de détente et fut attristé de rajouter ce manque à la liste des choses que lui avait dérobé les Curses.

Cole reporta son regard sur Kieran et vit qu'il avait perdu de son sourire, qu'il était un peu crispé. Il ne pouvait que très bien imaginer le tourbillon qu'il vivait lui aussi. Néanmoins, Cole ne sut pas quoi dire ni quoi faire. Une fois de plus, Kieran reprit le volant de la situation en lui proposant de venir chez lui. Sans une seconde d'hésitation, Cole répondit à l'affirmative. Il était tout simplement inconcevable de repartir chacun chez soi comme ça après un tel miracle. Surtout, il ne voulait plus le quitter. Non, en fait, il ne voulait plus être abandonné.

« Je veux bien aller chez toi. Je te suis. »

Bien que son sang circulait encore extrêmement vite dans ses veines, le froid le gagnait lui aussi. Il se rendit compte qu'il grelotait un peu et se rappela qu'ils étaient visibles aux yeux de tous les passants, ce qui le gêna.
Parmi les questions qu'il voulait lui poser, il y en avait aussi des banales comme "Depuis combien de temps habites-tu à Toronto ?" mais il pressentait que même ces questions-là amènerait une longue réponse où il leur faudrait revenir sur leur passé. Il se sentait coincé au niveau de la parole. Heureusement qu'il arrivait à exprimer certaines choses par les yeux et les mains.

_________________
Me'n'ma brotha:







avatar
Totem de compagnie
Date d'inscription :
11/10/2017
Messages :
210
Voir le profil de l'utilisateur
Totem de compagnie
le Lun 15 Jan - 11:13
«Le temps n'aide pas à oublier mais à s'habituer»
Feat. Cole Walker


La situation que tu avais imaginé des centaines, des milliers, de fois, devenait un peu étrange. Dans tes rêves, tu avais toujours imaginé cet instant de retrouvailles, ce moment où tu arrivais triomphant l’air de dire que tu allais tout deux vous sortir de la mafia. Tu voyais toujours cet instant court mais intense des retrouvailles. Parfois même cela t’était arrivé d’enlacer un miroir pour rendre physique l’immatériel. Mais jamais tu n’allais plus loin, jamais tu ne voyais l’après, ce moment si sensible entre les retrouvailles et le retour à la normal. Y aurait-il un retour à la normal possible ? Vous aviez désormais vécu plus longtemps l’un sans l’autre qu’ensemble et tu en doutais fortement. Vous alliez devoir vous reconstruire, vous réhabituer l’un à l’autre et même si tu comptais tout faire pour que ça roule, tu avais cette sensation de marcher sur des œufs.

De quoi était-il au courant, quels sujets tu pouvais aborder sans le gêné, quelles questions ? Tu voulais savoir, mais tu savais que c’était sensible, que votre nouvelle vie n’avait que quelques minutes. Le temps résolvait tout, avais-tu entendu dire un jour. Peut-être était-ce là ce dont vous aviez besoin. De temps. Ce temps si infidèle qui ramenait vos années de jeunesses à un lointain brouillard. Alors tu regardes ton frère, tu regardes ce visage qui te ressemble mais qui n’est pas toi. Ton reflet se trouble et s’efface, en face de toi tu as le vrai Cole. Non pas celui de tes souvenirs, ni celui de ton miroir, pas celui que tu avais imaginé de multiple façon, non tu avais le vrai, avec ses souvenirs, son passé, son présent et ses angoisses.

Un petit sourire résigné s’installe sur ton visage. C’est toi qui aurait dû être à sa place. C’est toi qui aurait dû souffrir. Tu avais toujours été un peu plus tenace, plus costaud, plus forte tête que ton frère. C’est toi qui aurait dû…. Tu soupires, il a accepté de venir chez toi et tu amorces alors un peu difficilement le mouvement.

A chaque pas, tu as l’impression que votre bulle s’étire, qu’elle se tend, se tend jusqu’à finalement éclatée alors qu’elle vous ramène dans la réalité, le brouhaha des familles, des couples, de la vie. Tu portes un regard sur ton frère, comme inquiet de le voir disparaitre, de voir que tout ceci n’était qu’une autre de tes hallucinations. Mais il est bien là, à tes côtés.

Alors tu le conduits vers l’arrêt de bus. Tu ne sais pas quoi dire, tu parles peu, quelques mots pour indiquer l’arrêt, pour lui dire de s’assoir, ou bien pour simplement lui sourire. Ton regard ne le quitte pas, régulier tu lui jettes des coups d’œil. Tu ne voulais pas le perdre, il ne pouvait pas disparaitre à nouveau. Tu te disais que finalement, les discussions gênantes pouvaient bien attendre, vous étiez de nouveau ensemble.
Alors tu observais les gens, Cole, puis les gens, Cole à nouveau, puis cette petite fille qui vous regardait étrangement. Elle semblait perturbée de voir ainsi deux hommes au même visage, et semblait jouer au jeu des sept différences. Mais vous aviez plus que sept différences et cela te sautais bien plus aux yeux que vos ressemblances. Mais tu souris, tu observes ton frère et lui offres ton plus beau sourire, lui indiquant discrètement la petite fille, l’air de die « tu as vu, on est jumeaux. »

C’était comme si cette constatation était nouvelle, elle envahissait ton cœur avec chaleur, et ton sourire ne pu s’empêcher de s’étendre. Vous étiez jumeaux. Vous étiez nés ensemble, vous aviez vécu ensemble, vous vous étiez amusés à échanger vos places, avant de vous retrouver à nouveau. Aurais-tu reconnu ton frère si vous n’aviez pas été jumeaux ? Cette question te perturbe avant de rester en suspens, vous étiez arrivé à ton arrêt.

De nouveau seul et dans le froid, tu amorces une petite explication sur le logement que vous atteignez, continuant de parler alors que tu ouvrais ta porte.

« Ça ne se voit peut-être pas, mais maintenant je suis pilote professionnel, alors je gagne plutôt bien ma vie, j’aurai pu louer plus grand mais ça me convient, fais comme chez toi. »

_________________

Spoiler:
Contenu sponsorisé
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum