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Totem de poche
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le Mar 4 Déc - 1:40
Le trajet jusqu’à l’appartement fut silencieux. Je ne sais pas si nous avions envie de parler. Je ne savais pas quoi dire. Il n’y a pas de mots… Pour l’instant. Le retour s’était fait calmement, à l’arrière du siège conducteur, j’avais donné quelques indications à Abi afin de sortir de cette fichue forêt. Une fois cela fait, nous n’avions pas dit grand-chose. On savait tous ce qui venait de se passer. Aucun d’entre-nous avait une réponse quant aux événements. Peut-être que c’était inutile alors d’en parler. J’avais posé ma tête contre la vitre, c’était froid, j’aimais bien ce contact. Il n’y avait pas de son dans l’auto. Seulement le bruit des clignotants lorsque mon amoureux signalait la droite ou la gauche, sinon nous entendions les autos venant en sens inverses.

Béatrice se tenait sur mon index. Je la regardai sans la voir. Je m’inquiétais plutôt. Je me demandais comment les autres personnes avaient vécu ce qui venait de se passer. Comme mes parents? Parce qu’on a bien entendu, par le bouche à oreille, que cette attaque, c’était mondial. Que… Que des totems avaient disparu. Que…

Est-ce que ma maman a toujours son totem? Est-ce que maman a été attaqué? Et papa? Je m’en voudrais énormément s’ils leurs arrivaient quelque chose. De même pour ma grand-mère que j’adorais.

Je… Je les téléphonerais une fois reposée. J’avais peur des mauvaises nouvelles.

Et Béatrice? Vas-tu te retransformer encore une fois? Ou vas-tu plutôt rester calme? J’ai peur Béa, tu le sais bien. Juste penser à ça, mes mains tremblent de nouveau, faisant que ma petite abeille vola doucement pour venir se poser sur ma cuisse. Je préférai fusionner avec elle avant de trop m’inquiéter pour elle et les autres totems. Je somnolai sur le chemin restant, ça m’évitait de me poser des questions existentielles, c’était mieux ainsi.

Le chemin jusqu’à l’appartement était plutôt douloureux. Bien qu’il ait un ascenseur, le chemin était plutôt long jusqu’à celui-ci surtout lorsqu’on boite comme je le faisais présentement. Je préférai qu’Abi s’occupe et fasse plus attention à son père qu’il s’occupe de moi. Parce que je vais « bien ». Comme durant l’attentat, personne ne peut vraiment bien aller après l’événement que nous venions de vivre, poser la question c’était de savoir qu’on va se faire répondre une banalité de ce genre, une banalité qui ne révèle pas forcément ce que l’on ressent.

On était encore cassé. Cassé une première fois durant l’attentat, pour Monsieur Lis, cassé avant même l’attentat. Cette fois-ci n’était pas mieux ou pire que la précédente. Si, durant l’attentat, nous avions eu une cassure physique, cette fois-ci, c’était plutôt une cassure psychologique, une cassure morale que nous avions. Une cassure qui, probablement, allait prendre encore plus de temps à guérir. Oui, j’ai mal à la jambe, oui, j’ai des coupures ici et là, principalement au visage et sur les mains, mais, probablement qu’après un moment, ça allait partir. Mais ce qui s’était passé ce soir, ce n’était pas quelque chose que nous allions pouvoir oublié. C’est quelque chose avec lequel nous allions vivre, quelque chose qui va nous effrayer jusqu’à ce que cela recommence… Si ça recommence…

Nous arrivâmes finalement à l’appartement. j’avais terriblement hâte de me poser. Je comprenais mieux  pourquoi Monsieur Lis se promène avec une canne. Je me résignerais pas à me balader avec une. Non. J’allais guérir, comme j’avais guéri la fois d’avant. J’étais soulagée d’être rentrée dans ce que je nomme mon deuxième chez-moi. C’était déjà prévu que je passe la nuit ici, mais maintenant, j’étais encore plus rassurée de savoir que c’était le cas.

Dans un soupir de soulagement, je passai la porte et refermai derrière moi. Sans douceur, je retirai mes baskets, posai mon sac à leur côté, me débattant avec mon pull. J’espérais qu’il puisse bien se nettoyer, malgré qu’il soit vieux, je l’aimais bien. Ils doivent être préoccupés. Si Monsieur Lis n’était pas là ce soir, cela voulait dire que Sisel avait passé un moment seule. Et avec ce qui venait de se passé…

Il y a de quoi s’inquiéter, en effet.

Je préférai les laisser tranquille avec leurs soucis familiaux. J’avais également les miens à gérer.
Sachant que l’homme que j’aimais se portait très bien, beaucoup mieux que moi, je pouvais prendre le temps de me faire discrète et de contacter mes parents.
Parce que je devais savoir.
Parce que je pensais beaucoup trop à eux en ce moment.
Parce que j’ai peur aussi pour eux.

Je voulais seulement qu’ils répondent.
Mais ce ne fut que de courte durée, c’est mon père qui répondit et me lâcha un rapide : « Désolée, nous n’avons vraiment pas le temps de te parler, on te rappelle plus tard petite abeille. »

Ils ont clairement des soucis. J’ai des frissons. Mes mains se remettent à trembler. Je… Je…

Impossible d’aller dans la salle de bain, elle semblait barricadé.

Je…  

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le Mer 5 Déc - 3:53
Rentrer.

Ça avait été le seul et unique objectif dès lors qu’Abishai, laissant Mélodie au bon soin d’un médecin, avait retrouvé son père. Il avait longuement fixé l’homme boiteux, ne sachant plus trop comment il devait réagir, hésitant entre l’envie qu’il avait de le prendre dans ses bras et laisser exploser sa joie et son inquiétude et sa pudeur qui le tenait de ne surtout pas partir en effusion devant tout le monde. Ses mains avaient esquissé un geste avant de se retenir, hésitantes, puis il s’était baissé, à la hauteur de son père qui avait été assis pour lui prendre ses mains dans les siennes, s’assurant de leur état. C’était la partie de son corps que Maciej préserverait envers et contre tout sans réfléchir alors si elles n’étaient pas trop blessée, cela voulait dire que l’homme n’allait pas trop mal. Doucement, Abishai propose son bras gauche à Maciej pour l’aider à se relever et à marcher, espérant qu’il mette sa dignité de côté pour le temps du trajet vers sa voiture. D’ailleurs, il ne se demande même pas comment Mac a pu grimper jusqu’au point de rendez-vous. Plus tard. Il se posera ces questions plus tard. Il faut ensuite récupérer Mélo de l’autre bras, attendre que celle-ci rassure Ludovick, occasionnant un grognement silencieux que seul son père, assez proche, a pu entendre avant de retrouver la voiture grise d’Abishai sur le parking, miraculeusement épargnée par l’Apocalypse.

Il n’a jamais été aussi heureux de retrouver l’habitacle de sa voiture, un peu poussiéreux suite aux divers crapahutages qu’il a pu lui faire faire, oubliant d’y connecter son téléphone et d’enclencher son gps si bien qui c’était Mel qui l’avait guidé jusqu’aux portes d’une Toronto habitée et citadine. Il profite d’un feu rouge pour se masser les yeux, un peu fatigué par tout ça. Le programme était assez simple. Vérifier que Sisel aille bien, il serait fixé dès lors qu’ils auront passé le pas de la porte. S’enquérir ensuite de l’état des proches, donc des parents de Mel, d’Anshel et de Nadia. Puis dormir. Beaucoup. Autant que nécessaire. Il redémarre un peu en retard sur le passage au vert du feu, laissant presque la voiture se conduire seule jusqu’au parking. En lui, Ada, toujours bien présente, râlait un peu, espérant que la fin du voyage signifierai son droit à sortir un peu, elle qui passait d’habitude le minimum syndicale en lui. Mais Abi n’en fit rien, l’ignora même. Il ne voulait plus la voir pour l’instant. Elle était un peu de lui. Il l’aimait. Mais elle s’était montrée dangereuse. Pire, elle avait blessée Mélodie. Alors elle ne sortirait pas, pas tant qu’il ne réussirait plus à lui faire confiance.

Le chemin jusqu’à l’appartement lui semble interminable, son pied tape le sol d’impatience et d’inquiétude et l’ouverture de la porte est vu comme une délivrance. Abishai pose avec soin les sacs, accroche les manteaux et les vestes au perroquet de l’entrée, laissant du lest à son père vérifiant qu’il ne tombe pas. Il laisse aussi Mélodie faire ce qu’elle a à faire, pensant trouver sa mère à sa place habituelle dans le salon, face à la baie vitrée, avec le Chat non loin qu’elle. Mais personne. Abishai hausse un sourcil, s’inquiète de plus en plus, cherchant dans les endroits où il pense la trouver en journée. La cuisine ? Personne. Les bureaux ? Non plus.


« Maman ? »

Sa voix appelle inquiète en ouvrant la porte de la chambre parentale, surpris d’y trouver Mélodie que ses pas ont probablement perdu lorsqu’elle a cherché à s’isoler pour téléphoner, c’est compréhensible et son père passera probablement cette impolitesse. Elle semble fixer quelque chose et Abi ne peut s’empêcher de suivre son regard vers la porte de la salle de bain parentale.

« Qu’est-ce que … »

La porte est encombrée de divers meubles et autres, encombrées, barricadées. Abishai reconnait le majordome de son père où il pose ses cravates le soir mais aussi une chaise du bureau à côté, une malle, des livres …Il ne comprend pas, pense sa mère à l’intérieur et tente d’ouvrir mais …

« N’ouvre pas, Kotě !»



C’est une voix rocailleuse, une voix murmurante. Une voix dont il n’a pas entendu le son depuis …. Surpris, il se tourne lentement, très lentement vers l’endroit d’où provient la voix pour y voir sa mère. Sisel. Sa crinière blonde complétement ébouriffée. Recroquevillée assise contre le mur opposé, le chat serré contre elle, un peu blessé comme dans un combat de chats des rues. Sisel tient fermement dans ses mains une poêle à frire, dont elle s’est servie visiblement comme arme. Dans la salle de bain, un miaulement plaintif en sort, que Sisel réprime en claquant de la langue de concert avec le Chat qui crache sa colère.

« Vilain chat ! »



Déclare-t-elle avant de se redresser, sa poêle et le Chat toujours dans les bras, laissant apparaitre un joli pantalon bleu marine et un chemisier cintré brodé de fleur et d’oiseaux que ni Abishai, ni Maciej n’ont vu depuis longtemps. Elle détaille son fils et sa belle fille d’un regard presque scientifique, ne faisant aucun cas du regard estomaqué de son fils. Puis donne son verdict.

« Je vais faire du thé. »



Et elle quitte la pièce d’un pas décidé, déposant sa poêle dans les mains de Maciej pour s’en débarrasser. Elle le détaille de la même façon qu’elle l’a fait avec son fils, avec même un peu plus de soin. Nouveau verdict.

« Je vais faire des grues aussi. »



Elle continue sa route vers la cuisine et dépose le Chat sur le comptoir de la cuisine. Elle fouille les placards à grand bruit pour trouver les friandises du félin, il a bien bossé, il le mérite bien, et le thé. Soudain ses cheveux la gêne alors qu’elle fait demi-tour pour aller piquer son chouchou à Mélodie sans lui demander son avis, laissant un regard désapprobateur à son fils qui a entrepris de débarrasser la porte de la salle de bain et de libérer Vicomte comme pour s’assurer que tout ce qui se passe est bien réel. Alors il a la même surprise lorsque le totem de son enfance s’échappe de la salle de bain, adressant un nouveau miaulement d’excuse à Sisel qui le snobe purement et simplement. Elle revient dans le salon, renverse sa tête en avant pour rassembler sa chevelure blonde et en faire une queue de cheval brouillon, s’approchant de nouveau de Maciej pour embrasser son cou avant de retourner s’occuper de son eau à faire bouillir. Elle adresse une nouvelle caresse au Chat qui a toute son affection et qui le lui rend bien.

Abishai cherche la main de Mélodie encore plus perdu que tout à l’heure, comme si sa mère venait d’éclipser tout ce qui venait de se passer devant leurs yeux.

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le Dim 9 Déc - 23:35
Dormir. Rêver peut-être. Oublier. Les yeux fermés, Maciej se rappelle de chaque moment du cauchemar qu'il vient de vivre. Il ne dit rien, il n'a rien dit depuis qu'ils ont été retrouvés. Son visage s'orne d'une marque violette qui lui mange la moitié de la figure, décorée de quelques points rouges là où les griffes de l'ursidé ont entaillé sa peau. Les médecins ont prévu de fortes douleurs mais aucune cicatrice. Par un hasard presque miraculeux, la pommette n'est pas cassée, l'arcade sourcilière s'en remettra, les yeux n'ont rien. Son bras droit, déchiqueté par les serres d'un rapace a été consciencieusement désinfecté et bandé. Pour lui, les urgentistes n'ont pas été aussi catégorique. Il y aura probablement des marques. Il ne devrait pas y avoir de séquelle. Autour de son cou pend également une écharpe de mousse blanche, vide. Il ne veut pas y laisser son membre. Il ne peut pas laisser ses muscles de pianiste s'atrophier. Ses mains n'ont rien. Abishai non plus. Si Sisel est indemne, c'est tout ce qui importe.

Dormir. Rêver peut-être. Oublier. Il se souvient des totems devenus fous, de la panique, de ces jeunes qui se sont retournés les uns contre les autres. Ce monde est-il toujours vivable maintenant qu'il est devenu instable ? Il ne s'inquiète pas pour les Lis. Ils n'ont pas de totem et sont indestructibles. Il a oublié son agent comme il a oublié sa cane quelque part dans la forêt. En lui, Paloma pleure en silence la violence qu'elle a commise. Il ne lui en veut déjà plus. Ce n'est pas par colère qu'il la garde ainsi contre son cœur. C'est qu'il ne veut pas la perdre. Il a trop perdu. En silence, il lui chante une chanson d'amour, une chanson qui n'est qu'à eux deux. Le moteur ronronne sur la route en bitume et seules les respirations de ses occupants troublent le silence. Abishai n'a rien. Il était avec Mélodie qui boite mais s'en remettra. Il est venu le voir. Il a hésité. Pris ses mains. Il s'est laissé faire, montrant que lui non plus n'avait rien. Rien de grave. Ils iront bien, tous ensemble, famille éclopée et marquée mais unie dans le silence et la souffrance. Le gravier change la musique. Le bruit d'une manœuvre. Il ouvre les yeux. Sous ses paupières, son regard est éteint, il le sait.

Dormir. Rêver peut-être. Se rappeler. De cette voix qui n'avait pas retenti depuis des années. Lorsqu'il saisit pour la première fois les intonations de son épouse, il n'y croit pas. Paloma, sort, s'envole, poussée par l'espoir timide qui gonfle sa poitrine. Il avance, boitant, s'aidant de son bras libre contre les murs. Elle est là, ses yeux brillant de colère, de rage, de force, de vie. Elle est là et elle parle. Il prend la poêle comme porte un bébé, avec une tendresse étonnée. Il n'a rien ressenti d'aussi fort depuis qu'on lui avait fourré Abishai nourrisson dans les bras. Il la regarde, la suit dans la cuisine, sans lâcher son ustensile. Elle revient, elle l'embrasse dans le cou, elle repart. Il reste là, immobile, assommé, KO.

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le Lun 10 Déc - 1:33
J’avais envie de paniquer. Fondre en larmes. De… de me cacher. Éviter tout le monde, même Abi. Broyer du noir. Laisser aller toutes mes émotions. Crier, pleurer. Juste. Tout laisser tomber un moment. Partir loin. Juste le temps d’un instant… Pour un instant. Je me fais tellement de soucis pour mes parents en ce moment. Pourquoi j’avais voulu les appeler? Pourquoi!? Bien sûr que je me faisais du soucis, c’était pour cela, mais d’un autre côté, c’était une mauvaise idée, me faire dire que mon papa était beaucoup trop occupé pour me parler.

Et ça, habituellement, ça n’arrivait jamais. Mon papa, même s’il était peu bavard, prenait toujours le temps d’écouter ce que j’avais à dire lorsque j’appelais. Mais… Pas cette fois. Ça m’a choqué.

Il est certain qu’il était arrivé quelque chose de grave. J’en suis persuadée. C’est normal avec ce qui venait de se passer. En fait, ce qui venait de se passer, n’avait rien de normal. Comment…

Non ce n’est pas le moment de me poser encore une fois toutes ces questions. Pas du tout. Pour le moment, c’était le moment de…

Sisel parle?

Eum.

J’ai manqué un truc, n’est-ce pas? Certainement? Probablement? Je fronce les sourcils. Je ne comprends plus grand-chose. Pourtant… Pourtant… Quoi? Je crois que je ne suis pas la seule à ne pas comprendre ce qu’il se passe. Les garçons ne semblent pas avoir de réponses. Pire, ils ne disent absolument rien.

Mmh.

Je ne l’avais jamais entendu. Voilà, maintenant, qu’elle disait une tonne de choses. Enfin. Façon de parler. Du chat, du thé et des grues. L’idée de faire des grues me plaisait. Après tout, il faut tout de même avouer que j’avais simplement envie de me changer les idées une nouvelle fois. Ne pas penser à…

La maman d’Abi avait tout de même une bonne façon de changer mes idées. Elle me vola mon chouchou. Je dois admettre quand même que je sursautai. C’était si soudain. Ou peut-être que j’étais un peu trop perdue dans mes pensées.

- Hey! Lâchai-je en guise de protestation.

En vrai, je ne protestais pas vraiment. Je ne voulais pas le reprendre mon chouchou. J’avais seulement envie de me mettre en pyjama, seulement envie de prendre une bonne douche et de me coucher. Du coup, les cheveux attachés ou non, je m’en fichai. Je suivais Sisel des yeux, tout simplement. Je fis quelques pas, Sisel m’intriguait. L’inverse aurait été beaucoup plus surprenant.

Je finis par dire d’une petite voix :

- Tu...Vous…

Je m’arrêtai. Non. La vouvoyer c’est trop étrange. Vouvoyer Monsieur Lis ça allait. Sisel… Je n’y arrive pas du tout. Il fallait que je me reprenne. Que je dise quelque chose. Non? Après tout, sinon ce serait trop anormal. Trop étrange.

Je crois.
En ce moment, je ne sais plus grand-chose.
Je me repris :

- Est-ce que tu vas bien?

Question bête. Quelle idée complètement ridicule de lui poser une telle question. C’est juste que je veux m’assurer qu’elle va bien. Je suis certaine que Monsieur Lis et Abishai veulent savoir comment qu’elle va? À moins que ce ne soit une question particulièrement débile. Je n’aime pas poser des questions débiles. Mais je pose toujours pleins de questions. Eum… Eum…

Je suis gênée. Embarrassée. Toutes ses choses. Ça me fait oublier un peu tout ce qu’il s’était passé. J’ai un chouchou en moins. Et une Sisel qui bouge, qui se déplace un peu partout. Je ne sais pas agir avec elle. Comme si c’était une amie, mais que je ne connaissais pas. Mais que je la voyais souvent. Ma réflexion n’avait pas de sens. Je serais maladroite, tout simplement.

J’avais envie de pousser les messieurs. J’avais bien envie de leur dire  « NON MAIS BOUGER VOUS LES FESSES, DITES LUI BONJOUR, QUELQUE CHOSE QUOI! »  

Oh. Meilleure idée. Moi j’en ai marre d’être debout. J’en ai marre parce que ma jambe n’apprécie pas trop en ce moment, je boitillai jusqu’au salon pour m’installer tranquillement, sur l’une des places assises. J’avais trimballé Abi avec moi, j’avais gardé sa main. Parce que ça me faisait du bien. Je crois que ça nous faisait du bien à tous les deux.

Je me demandais comment allait Abi. Et Mac. Sisel semblait plongée depuis si longtemps dans un mutisme que… Ça doit leur faire étrange. Je ne la connaissais pas tellement et voilà que ça me faisait étrange, ça m’intimide un peu. Beaucoup.

Du coup, au lieu de la détaillée, je préférai regarder mon pantalon de sport qui avait eu mal, un pantalon dont l’une des pattes étaient complètement fichue. Dommage. Il était confortable ce pantalon. Peut-être qu’avec un peu de chance, je pourrais le réparer. Je jetai également un coup d’oeil à mes mains. Elles étaient moins jolies.

Parce que oui, en ce moment, mes blessures sur mes mains m’intéressaient beaucoup. Parce que j’avais un peu peur de ce que Sisel pourrait dire? Peut-être qu’elle ne m’aime pas… Probablement qu’elle a beaucoup d’autres choses en tête en ce moment. Je devrais pas trop m’en faire. Non? Peut-être?

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le Mer 19 Déc - 23:06
Abishai a buggé. Purement et simplement buggé. Quelque chose en lui hurle de sauter de joie, que sa mère est visiblement mentalement revenue, que ces événements auront enfin eu au moins une conséquence positive. Il a redonné sa vie et son énergie à Sisel. Même mieux, elle parle. Donc fin des problèmes et des malheurs, c’est fini, ils vont redevenir une famille comme avant mais en mieux. Une autre voix se questionne sur la possibilité d’une illusion collective, qu’en fait, non, Sisel est toujours assise à sa place devant la baie vitrée en train de plier compulsivement des dizaines et des dizaines de grues de papiers pour espérer voir s’exhausser il ne sait quel vœux. Une autre lui dit que l’illusion est bien plus grande et que Vicomte est effectivement sorti, s’est transformé en ours et s’en est pris à elle. Les possibilités s’accumulent, obstruent ses canaux de pensées. Il n’arrive pas. Il n’arrive pas à exprimer ce qu’il ressent exactement. Il aimerait retourner en arrière, voir cette mère se réveiller alors qu’il a 12 ans, la voir grogner, s’énerver, détruire les Lis de colère, d’un coup de patte de chaton contrarié et vengeur, sauver Maciej et se retrouver ensemble tous les trois pour l’existence d’une famille normale. Il aimerait se dire que l’être qu’il croyait invincible et indestructible toute son enfance est revenu enfin. Rien à faire, il n’y croit pas. Une larme perle au creux de ses yeux, embrume sa voix, l’empêche de passer le cap de ses lèvres.

Il réagit lorsque sa mère vient piquer l’élastique de Mélodie, il esquisse un petit geste de la main, celui que l’on fait à un gamin qui tente de faire une bêtise mais il ne le termine pas. Sisel n’est plus cette enfant attardée. Enfin, plus complétement. Elle semble avoir retrouvé ses facultés et donc, de fait ses droits d’adultes de ne pas être sermonnée par son propre fils. Il n’ose pas, tout est devenu porcelaine fragile. Ses parents, le décor, la vie, le présent, l’avenir, Mélo. Mélo qui est finalement la plus courageuse, la plus réactive d’entre eux, qui tente un contact avec une Sisel qu’elle ne connait pas personnellement mais une Sisel que Maciej et Abishai lui ont conté, dont ils ont distillés les informations et les caractéristiques dans leurs longues conversations. Mélodie qui rougit, semble finalement aussi perdue qu’eux, surtout lorsque Sisel lui réponds avec un franc oui, une réponse à la Sisel comme si tout est évident, tout est normal. Comme si elle Il se laisse emmener au salon, Abi, s’assoit à côté de la rousse, embrassant tendrement son front, première action véritable depuis une dizaine de minutes. Il l’enlace, protecteur, finit par parler. Par chuchoter plutôt, lui qui d’habitude a une voix claire et calme.
« Dit … je crois … qu’il serait préférable qu’on les laisse un peu tous les deux … Pour ce soir en tout cas. Il faut vérifier que ta cheville cicatrise bien, il faut que je t’aide à te changer, tu dois avoir ton pyjama et du change dans mon armoire. Je te prête même ma baignoire si tu veux. »

Il est maladroit, tente l’humour ce qui le rend encore plus gauche. Doucement, il glisse une main sous ses hanches et l’autre dans son dos, elle a suffisamment sollicité sa jambe pour la soirée et personne ne regarde alors pourquoi s’en priver, surtout que son épaule va mieux. C’est cliché, idiot mais adorable comme elle dirait. Il réalise, il réalise que si le bug avait duré plus longtemps, Ada aurait peut être tué Mélo. Il réalise qu’il a failli les perdre l’une et l’autre et que cela aurait été insupportable à ses yeux.

Il la repose sur le lit avec soin. Le livre qu’elle lit ici l’attend toujours de son côté sur la table de nuit , la chambre reprend son rôle de cocon protecteur, troublé par une Sisel qui entre en trombe, vexé que les jeunes ait boudé son thé, déposant deux gros mugs avec un chat pour l’un et une abeille pour l’autre sur le bureau d’Abishai, renversant un peu du liquide brulant. Abishai l’a fixé de son grand regard surpris mais elle n’a rien ajouté, juste ébouriffé les cheveux de son fils en se hissant sur la pointe des pieds, c’est qu’il ne fait plus un mètre quarante. Elle a aussi pris Mélo dans ses bras en l’étreignant avec force avant de repartir dans l’autre sens, refermant la porte derrière elle.

Abishai reste encore un moment un peu coi avant de regarder Mel inquiet.
« Partante pour le bain du coup, mademoiselle ? »

Un silence.

« Au fait, tu as pu avoir tes parents ? Tout va bien chez toi ? »

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le Jeu 20 Déc - 2:10

Sisel fixe un peu surprise la jeune fille qui, dans la maisonnée, semble être la seule à être douée de paroles. Elle hésite, change d’idée, tutoiement ? Vouvoiement ? La blonde grimace un peu, fait une moue. Le vouvoiement lui rappelle son âge. La déférence aussi. Elle n’a plus vingt ans. Elle en a plus du double, bientôt, elle aura une moitié de siècle. Mais Mélodie choisi le tutoiement. A la bonne heure, voilà maintenant plus de six mois que la jeune femme la croise régulièrement dans cette maison. Et puis, cela flatte son ego. La question beaucoup moins .Est-ce qu’elle va bien. Nouvelle moue qui montre bien qu’elle se demande pourquoi on lui pose cette question. Elle continue d’ignorer les yeux larmoyants de Vicomte qui ne retrouve pas sa place auprès d’elle, sa place habituelle. Mais elle semble moins fâchée. Sisel n’est pas fâchée, Sisel oublie, heureusement pour la jalousie de Vicomte. Alors de sa voix calme et faible, elle déclare le plus distinctement possible, naturellement.

« Oui, pourquoi ? »




Elle ne sait pas si c’est la réponse à laquelle s’attendait Mélodie ou si elle espérait qu’elle lui rende l’élastique mais Sisel-moineau … ou Sisel-chaton tourne et les talons et s’affaire dans ses tâches  Un poème que Maciej aime bien, un poème français qu’il avait tenté de lui traduire avec son drôle d’accent dans une langue dont elle, le Chaton, avait oublié le sens mais dont les sonorités lui étaient familière, disait « Là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté. » C’est une image, parait-il, pour la perfection d’une destination. Sisel avait lancé un long et grand regard pas convaincue. Pas convaincue, du tout, du tout, du tout. Elle s’était alors amusée à réécrire le poème, à le pasticher, préférant la méthode à l’ordre, l’algorithme à la beauté et les nombres au luxe. Pour cela, préparer le thé était une activité toute trouvée. Méthode d’abord. Organiser l’espace pour faire les actions avec le moins de mouvements pour éviter de casser les tasses. Algorithme : suite d’action finie. Faire bouillir l’eau à bonne température, choisir le thé qu’il convient au moment et à la situation, remplir une boule à thé de la bonne quantité et faire infuser un certain nombre de minutes selon habitude et gout. Nombres maintenant. Réfléchir à la température en degrés Celsius ou Fahrenheit de l’eau en fonction du thé, corroborer le nombre de minute et la quantité.  Calme. On ne boit pas une tasse de thé dans un appartement chic comme on descend une bouteille de rhum dans une fête étudiante sur le campus de l’université de Toronto. Voyons. Volupté. Plaisir des sens. Thé, odeur, gout fin des épices ou des fruits qui l’agrémente, de l’infusion. Cinq grandes qualités faite une dans une action. Il parait que les japonais ont des cérémonies entièrement dédiées à la préparation de ce breuvage. A creuser pour une comparaison scientifique et personnelle pour plus tard. Pour l’instant elle prépare le thé. Son thé. Une bonne odeur d’épice et de vanille embaume sa tasse, décorée de cercle à corde du paradoxe de Bertrand, à elle. Celle de Maciej, élégant goodies acheté dans un grand musée, dénote les fumets chers d’un Darjeeling de premier ordre, probablement très cher. La tasse au chat, destinée à Abishai parfume sa proximité d’une douce odeur de fleurs et de bergamote. Celle à l’abeille, pour Mélodie, sentira bientôt la pèche et l’abricot d’un thé presque translucide et élégant. Chacun sa tasse, chacun son gout. Chacun son eau bouillie à la bonne température.

Sisel se retourne, fronce les sourcils, la tasse de Maciej protégée à l’aide d’une bande en tricot, pour la chaleur, entre ses mains. Maciej n’a toujours pas lâché la poêle. D’habitude, Maciej range, c’est son truc de ranger mais là, il ne bouge pas. Elle lui enlève des mains avec autorité pour la donner au Chat qui renifle ce truc avant de s’y coucher confortablement. Il a regardé un long moment les tasses de porcelaines avec une envie de les faire chuter. Cependant, la dernière fois qu’il a fait ça, Abishai l’a grondé comme un vieux poisson pourri et l’a boudé pendant une semaine com-plète. Du coup, il ne tente pas, préfère somnoler en ronronnant dans ce nouveau lit poêle. Sisel remplace la poêle par la tasse, veillant à ce que les mains du pianiste enserrent convenablement la tasse avant de le laisser. C’est qu’elle a deux autres tasses à livrer, rapidement avant que cela ne refroidisse. Elle prend les deux tasses à pleine main, ignore la céramique qui brule ses paumes blanches et se rends au salon, drainant un Vicomte miaulant sa joie de revoir Paloma et son désespoir d’être honteusement ignoré voir même remplacer par un imposteur et qui se frotte contre la jambe valide de Maciej. Elle se rend d’abord au salon, le trouve vide, gronde, gonfle mécontente qu’on n’ait pas attendu de faire honneur à son thé avant de disparaitre. Pas besoin de les chercher bien loin, elle entre en trombe dans la chambre de son fils, déposant les tasses sur le bureau. Non mais. Elle se retourne vers les tourtereaux, adresse une caresse rassurante dans les cheveux d’Abishai. Mélo est visiblement blessée, elle a donc le droit à du rab, un câlin franc avant de repartir, laissant finalement, quand elle sort, le Chat se glisser à l’intérieur de la pièce.

Elle retourne sur ses pas, récupérant sa tasse à elle pour la porter au salon, y trempant le bout de ses lèvres et la déposant sur la table de basse, espérant drainer Maciej dans la même pièce. Elle s’assoit en tailleur sur le canapé, attrapant une feuille de papier japonais doré commençant son pliage avec soin.  L’élastique qui tenait ses cheveux glisse petit à petit pour libérer sa crinière de blé.

« Il faut que je fasse plus de grues. Peut-être que le Destin arrêtera de te casser petits morceaux par petits morceaux si j’arrive à 2000. A 3000, les totems resteront sages. Puis peut être 4000 pour d’autres vœux… »

Elle pose la grue réalisée à côté de sa tasse, redresse doucement le menton pour fixer Maciej.

« Ça ne va pas, mon amour ? On dirait que tu as vu un fantôme. Ou alors, tu as encore fait un mauvais diagnostique dans ton esprit de faux médecin vrai musicien. Je croyais que tu devais arrêter quand je suis tombée enceinte d’Abishai »


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le Jeu 20 Déc - 13:27

Dormir. Est-ce qu'il dort ? Est-ce qu'il rêve ? Est-ce qu'il va se réveiller ? Il n'en a pas envie. Il écoute. Cette musique qui ne hantait jusqu'ici que ses souvenirs. Ces sons oubliés. Cet accent qu'Abishaï n'a pas parfaitement. Il regarde la bouche qui bouge en coordination avec les sons. Peut-être qu'il n'est jamais sorti de la forêt finalement. Il s'en fiche. Les deux enfants disparaissent d'un coup. Il ne les a pas vu partir. Il les a oubliés. Sa main lâche la poêle. Ses doigts se ferment sur le tissu qui les protège de la tasse. Il n'ose pas bouger. A peine respirer.

Elle disparaît. Il regarde autour de lui. Elle est dans le salon. Soudain, lui aussi. Il ne se souvient pas avoir marché et pourtant il a bien fallu qu'il le fasse. Il est toujours planté là, devant la table basse, non loin d'elle. Elle parle encore. Son chouchou glisse. Il pose sa tasse devant elle, termine d'enlever l'accessoire. Il aime sa crinière libre, comme elle. Il l'écoute. Il pourrait l'enregistrer et se la passer en boucle. Son regard s'est teint de tendresse embuée de larmes. Il ne veut pas penser à ce qu'il pourrait ressentir. Il est dans un coton protecteur. La retombée serait terrible, il le savait. Il s'en fichait. Les mots de sa femme c'est un miracle. Il la regarde encore. Le sens doucement arrive jusqu'au cerveau et l'averti du danger. Il secoue doucement la tête.

« Non, je suis sage. » Sage. Il est toujours sage. Il ne fait pas de bêtise. Pas de vagues. Il a promis, il ne pense plus à ce genre de choses. Sage. Il inspire. S'assied près d'elle. Prend ses mains dans les siennes. Pour les sentir. Elles sont douces. Blanches. Des mains de Sisel. Un visage de Sisel. Une voix de Sisel. Des mots. Il a envie de l'embrasser. Il se retient car il sait que cela va dégénérer et ils ont tellement à se dire. Vingt ans de silence. Vingt ans de regards. Il pose les mains de sa femme sur son cœur pour qu'elle ne parte plus jamais.

« Je suis désolé, mon amour, je crains de ne pas avoir été à la hauteur. »

Pour Abishai. Pour elle. Il a conscience de ses faiblesses, de ses manquements. Il ne lui a jamais dit jusqu'ici. Il n'a jamais exprimé à haute voix cette culpabilité qui le ronge, le prend par surprise dès qu'il arrête de jouer, de penser, de s'occuper. Il sait qu'il ne peut obtenir sa rédemption que d'elle puisque c'est à elle surtout qu'il a fait du mal. Les Lis sont sa responsabilité. Il n'a pas su voir, pas su prévenir, pas su protéger. Il aimerait qu'elle le gronde, qu'elle tempête, qu'elle soit injuste, indélicate, violente, vivante, forte, son ouragan personnel qui emporte tout sur son passage et laisse un chaos propre. Vide. Un nouveau départ. Il lâche ses mains. Il attend. Il a peur mais il attend. Parce que cette peur, là, c'est nouveau. C'est le retour du chaton. Et, au fond, il est immensément heureux, tout comme l'est Paloma de revoir son Vicomte.

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le Jeu 20 Déc - 14:32
Pourquoi? Pourquoi lui poser une question comme ça. Peut-être qu’avec tout ce qui vient de se passer c’était normal de lui poser une telle question. Savoir si son totem ne l’avait pas blessé, on ne sait jamais. Peut-être que c’était une blessure que l’on voyait pas. Un truc du genre, on ne sait jamais. On ne sait pas. On ne peut pas prévoir, on ne peut pas deviner. Enfin. Je… Je ne peux pas deviner. Pas encore. Je ne sus pas magicienne, peut-être que Sisel, oui. C’est peut-être le pouvoir des grues.

Je divague, je crois que je suis fatiguée.

Je suis perplexe. Je n’arrive pas à trouver une raison. Pourquoi. Parce que. En fait, si, je savais qu’elle était la raison, du pourquoi je posais cette question, mais je n’arrivais pas à le dire. Mon cerveau ne semblait pas vouloir aborder encore tout ce qui venait de se passer. Il valait mieux ne pas répondre en fait. Et juste l’idée de lui répondre, je ne me sentais pas particulièrement bien.

En guise de réconfort, mon géant préféré vint s’installer à mes côtés. Un bisou, une immense câlin interminable et voilà que j’allais mieux. Dans ses bras, je me faisais petite, je me sentais au chaud et confortable. Je ne pouvais pas être mieux, je ne me lasse pas de ces câlins, de cette chaleur, de cette douceur. Je suivais des yeux la mère d’Abi, encore curieuse. Je ne devais pas être la seule à me poser des questions. Je me demandais comment Monsieur Lis se sentait, comment Abi se sentait. Mais je ne pouvais pas deviner leurs pensées. Je crois qu’il valait mieux ainsi. Je ne voulais pas me faire trop de soucis pour eux. Enfin, plus que c’était le cas en ce moment.

C’est après un petit moment que je reportai mon regard vers Abi. Il souhaitait que nous les laissions tous les deux. C’est normal. C’est logique. Je ne sais même pas pourquoi je n’y ai pas pensé auparavant. C’est quelque peu embarrassant. Ils doivent avoir beaucoup de choses à se dire. Après tout ce temps. J’hochai tout simplement de la tête en guise d’approbation à mon cher amoureux. L’idée de la baignoire me plaisait bien. C’est à peine si j’ai hoché de la tête qu’il me prenait comme une princesse.

Je m’accrochai doucement à lui. Ce n’est pas que je ne lui faisais pas confiance, je sais qu’il ne me laisserais pas tombée, littéralement parlant, mais en même temps, c’est juste que je n’avais pas l’habitude d’être aussi haute. Et en plus ça me permettait de me cacher quelque peu de Monsieur Lis et de Sisel, peut-être qu’ils ne nous avaient pas vu nous sauver? J’offris un bisou sur la joue à mon prince charmant…À moins qu’il ne soit mon preux chevalier? Pendant le trajet, j’essayais de voir lequel des deux termes lui convenait le mieux, sans pour autant réussir à répondre à cette question. Un mélange des deux, c’était la réponse la plus simple que j’avais fini par trouver.

Sa chambre, c’est un cocon. C’est pratiquement un univers à nous deux. C’est cette pièce réconfortante où il y a beaucoup d’amour. Une pièce que j’aime bien. C’est calme et douillet. Toujours ce que j’ai besoin, du calme. Un moment de calme temporairement interrompu par Sisel qui revient vers nous, deux tasses à la main. Chat et abeille. Le message est clair, c’est pour nous. Il y a aucune confusion à savoir laquelle est la nôtre. J’ai même eu droit à un câlin de sa part. Un câlin rapide, un tout petit câlin, mais assez rapide pour que je lui glisse un petit merci, avec un léger sourire aux lèvres.

Merci pour la tasse, merci pour le câlin. Je crois que c’est ce dernier qui me troublait un peu plus. Mais pas troubler dans un mauvais sens. Ça m’a fait chaud au coeur, tout simplement. Comme si elle savait, indirectement, que c’était ce dont j’avais de besoin. Ça et des nouvelles de mes parents. Mais, ça je n’en aurais pas tout de suite. J’espérais tout de même que mon père ou ma mère prennent la peine de m’appeler demain matin, sinon je ne supporterais pas.

Abi me tira de mes pensées après un long silence entre nous deux. Je crois que nous sommes tous les deux absorbés dans nos réflexions et inquiétudes. Je le regardai un petit moment avant de lui répondre. Il ne semblait pas particulièrement bien aller. Enfin, ce n’est qu’une impression.

- Oui, j’aimerais bien prendre un bain, je dois être toute sale, ça ne doit pas être très joli.

Je crois que j’ai de la terre sur le visage, des brindilles dans les cheveux, j’avais encore un peu froid aux pieds, bien que ça faisait un petit moment que nous étions rentrés. Je ramenai lentement mes jambes contre moi, bien décidée à retirer mes chaussettes. Préférant me concentrer sur cette tâche plutôt que de répondre à sa deuxième question. Ouais, mes chaussettes sont vraiment jolies, beige sale avec des fleurs autrefois roses, maintenant certaines d’entre-elles ont les voyaient à peine.

Je ne sais pas si je veux répondre. C’est ça le problème. Je ne veux pas qu’il se fasse du soucis pour moi, déjà qu’il doit déjà s’en faire. Mais je sais que le mieux serait de le lui dire. De toute façon, moindrement qu’il insiste, je sais que je vais le lui dire. Je finis par lâcher, d’une petite voix, sans trop le regarder, mes orteils sont pas jolis eux.

- Oui et non. J’ai appelé. Mais… Mais…. Papa était occupé, il m’a dit qu’il me rappellerait. Il avait l’air très préoccupé. Je me fais du soucis pour eux…

Je secouai la tête. Ne pas trop y penser. Ça ne doit pas être si pire que ça. Ils vont s’en sortir. Papa et maman on surmonté des choses ensembles. Ils ont réussi à survivre à Louis et moi gamins, ça ne doit pas être SI pire que ça. Non? Oui?

Je levai la tête et attrapai la main d’Abi, mon coeur bat à la chamade, je ne me sens pas bien, encore une fois. J’imagine le pire. Je ne dois pas. Pourtant… Je n’arrive pas à me convaincre que ça ne doit pas être si pire.

Changer de sujet. Il faut que je change de sujet. Je dis précipitamment :

- Toi… Toi ça va comment?

Tu n’as pas le droit de me dire un simple « oui, ça va », non pas du tout. Je crois qu’il pouvait voir ce message dans mon regard.

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Merci Vilmos hihi
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le Ven 28 Déc - 18:54
Les laisser. Au fond, Abishai n’aime pas cette décision, mais il le sait, ils en ont besoin. Il sait que son père est bien trop pudique, peut-être même bien trop fier pour se laisser aller à tout ce qu’il ressent devant un public, même devant son fils et sa belle-fille qu’il connait maintenant très bien. On ne montre ses sentiments dans ce monde, c’est honteux et mal venu. On ne montre pas , sauf la colère s’il se souvient des propos orduriers que lui a tenu Iga Lis les fois où il l’avait eu au téléphone, en janvier, lorsque son père avait officiellement loupé un virage (sur une route en ligne droite) et officieusement juger que sa propre vie ne valait plus la peine d’être vécue. Déjà, suite à cet événement, sa mère avait eu un tressautement de conscience et avait fait en sorte que, même toujours considérée comme mineur psychologiquement parlant et déficiente, cette idée ne traverse plus jamais, au grand jamais, l’esprit du pianiste. Abishai s’était d’ailleurs demandé si le baiser furieux que sa mère avait offert à son père lors de sa première visite à l’hôpital n’avait été que l’un des gages donnés ou si celui-là seul avait suffi, tant l’emprise de sa mère sur son père était toujours forte. D’ailleurs, ses joues lui signalent qu’il ne veut plus trop y repenser, revivant la gêne vécue.

Il préfère se reconcentrer sur Mel. Décidément, cette première relation aurait été émaillée de catastrophes communes à tous. A la fin de la première, il avait décidé d’officialiser leur relation. Abishai se demande bien si, cette fois ci, il va falloir marquer le coup d’une manière ou d’une autre, un peu comme si le destin utilisait une cloche, un signal violent pour signifier qu’il était temps de passer un cap Reconcentrons nous encore. Accord pour le bain. Abishai s’étire doucement, se penche pour un baiser papillon pour se diriger vers la salle de bain et la préparer en vue du bain quand la voix de Mélodie s’élève encore. Mais si peu, si faible. Ce n’est pas normal. Alors Abi revient pour tendre l’oreille .Pas de réponse net. D’un côté, pas de nouvelle, bonne nouvelle mais de l’autre … Peut être veulent-ils la ménager, contrairement à lui, elle n’est pas habituée aux scénarios catastrophes. Pour les scenarios catastrophes, il faut porter le nom Lis, se revendiquer du renard polonais sinon, cela ne fonctionne pas. Elle panique, il la reprend dans ses bras pour tenter de la rassurer. Il aimerait lui dire que ça va, que tout va bien, qu’elle s’inquiète pour rien. Il aimerait appeler lui demain ses parents à elle pendant qu’elle dort encore pour converser et préparer le terrain. Il se demande si c’est son rôle, si ce serait bien venu. Autant demander.

« Tu voudras que j’essaie de les appeler demain ? Ils me connaissent après tout et peut être que ce sera plus facile de dire les mauvaises nouvelles à moi que d’inquiéter leur petite fille adorée. De toute façon, il faut que je prenne des nouvelles de Nadia et de mon grand-père. On peut aussi rêver et penser qu’un Lis s’est fait bouffer par un totem mais ce serait médire. Donc il va falloir appeler les avocats de papa aussi pour aller à la pêche aux informations. Je crois… qu’il n’aura pas la tête à ça. Ni l’esprit. Alors un appel de plus ou de moins. »

Ses mots se meurent contre ses lèvres pour un nouveau baiser calme, rassurant. Il n’aime pas la savoir inquiète et il n’a pas l’aplomb de Sisel de faire comme si tout était normal. Rien n’est normal, qu’on se le dise. Il s’est installé devant elle, ses jambes à elle de chaque côté de ses hanches, prêt à la soulever. Comment va-t-il, lui. Il aimerait lui répondre bien mais il comprend bien qu’elle ne se contentera pas de ça. Alors il se redresse, l’emmenant avec elle, calant ses larges mains sous ses fesses pour la porter face à lui jusqu’à la salle de bain, avançant lentement.

« En vrai, je ne sais pas. Je crois que mon esprit n’a pas encore pesé le pour et le contre, il est en train de sagement procédurer pour espérer en tirer quelque chose de correct et sagement étudier. Tout le monde est vivant, sinon, on serait déjà au courant. Personne que toi et moi nous connaissons n’est suffisamment blessé pour nécessiter une hospitalisation, pas même tes parents sinon, je pense que c’est la première chose qu’il t’aurait dite, tu ne penses pas ? Béa est toujours là. Ada … aussi même si je ne sais pas encore si je suis censé penser que c’est bien ou mal, étant donné qu’elle a tenté de te grignoter le mollet »


Une pause alors qu’il s’assoit sur le rebord de la baignoire avec elle assise sur ses cuisses, retirant soigneusement les brindilles de ses cheveux roux pour les jeter sur le carrelage de marbre.

« Tu sais que tu es jolie ? Je veux dire, même avec les brindilles et la boue. »

Abishai n’a aucun humour et quand il essaie d’en faire, c’est toujours un peu maladroit. Mais bon. Au mieux, elle se moque, au pire, elle fait sa moue boudeuse avec les joues qui gonflent.

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Ada see you , bro !
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le Ven 28 Déc - 22:09
Sage. Sisel fronce les sourcils. Maciej est toujours sage, trop sage et ça crée des tonnes de problèmes. C’est quand il est trop sage que ses parents jugent bon de rouler à l’aide d’un rouleau compresseur mental et oppressant sur ses désirs, ses envies et sa volonté. Elle n’aime pas avoir un Maciej sage. Un Maciej sage, c’est un Maciej qui s’en va loin d’elle pour épouser une autre qu’elle, qui se refait taper dessus par cette autre, justement, qui rajoute son poids dans le rouleau compresseur, ce qui crée, entre autre, une montagne de problème qui finit par un musicien en dérive au fond d’un ravin. D’ailleurs, peut-être qu’il sait, qu’il comprend ce qu’elle lui montre parce qu’il ne renchérit pas. Non, il fait quelque chose de beaucoup mieux, il vient s’installer à ses côtés. Sisel a d’ores et déjà attrapé une nouvelle feuille décorée pour commencer encore une autre grue, pour qu’elle vienne s’ajouter à sa camarade esseulée mais Maciej l’arrête, lui prend les mains. Il est encore perdu et surpris devant l’apparition qui se tient devant lui.

Il s’excuse et Sisel grogne un peu plus, elle a envie de lui tirer la joue. Il s’excuse trop, beaucoup trop, il fait son musicien de seconde zone, sa colombe qui ne sert à rien alors qu’il peut être tellement, tellement plus. Et puis à la hauteur de quoi ? Qu’aurait-il pu faire concrètement avec les informations qu’il avait, en arrivant après un an d’absence ?La tournée au Japon, il n’aurait pas plus la louper, il s’en aurait voulu toute sa vie et elle ne pouvait le suivre pour une année sabbatique là-bas , son doyen lui avait refuser la chose, trop de colloque, pas assez de fond , pas d’autres profs pour assurer ses cours, un peu jeune même avec ses capacités pour être professeur émérite et s’en passer. S’il y a une fautive à chercher, c’est elle, elle aurait dû prévoir, elle aurait dû le suivre. Et puis de toute façon, elle n’en cherche pas, de fautifs. Parce que ça ne changerait rien, elle n’est pas rancunière, comme les chats, elle gonfle de colère sur le moment avant de retourner toiletter son poil ou faire une sieste quelque part.

« Et tu as besoin que je t’absolve ? Comme une déité métaphysique absoudrai tes péchés ? Je ne suis pas une déesse, kochający muzyk. Ce qui est passé, c’est inscrit, ça ne change pas. »




Elle appuie ses propos avec son index, chaque petite phrase s’intensifie avec une pression sur son front puis son nez puis son pouce se pose sur ses lèvres, les caresses avec tendresse. Elle a son regard d’enfant qui pense, d’enfant sérieux qui réfléchit.

« Moi, ce qui m’intéresse, c’est de savoir ce que tu comptes faire, en plus de ce que tu as déjà fait,  pour que le destin cesse de te transformer en marionnette cassée et que les Lis n’ose plus jamais lever la main sur toi ou sur nous. Plus. Jamais. »

Elle reprend son pliage, non sans venir se lover tout contre lui, en prenant soin de ne pas appuyer sur sa jambe malade. Un long silence puis …

« Je sais déjà quoi faire. Mais pas tout de suite. Tout de suite, tu es trop sage. »




Elle plonge son regard bleu dans le sien avec un air de défi, un défi sibyllin. Deuxième grue posée à côté de la première. Il ne manquait que cela, rien que cela pour qu’elle devienne une Sisel enflammée. Elle se tourne face à lui, assise de chaque côté de ses cuisses, à genoux pour le dominer.

« D’abord, tu joues bizarre dernièrement, ta fille aux cheveux de lin manque d’impertinence et de fantaisie. Tu deviens aussi plat que le premier cd que tu m’avais offert. Je l’ai détruit au marteau, ce cd. Tu te souviens ? Vicomte jouait avec, il aimait bien, ça faisait des jolis reflets sur les murs de ma chambre. Je suis sûre que tu t’en souviens. Et puis, on s’en fiche de tout, du reste, du passé, du présent. Le premier Lis qui t’approche à moins de 37 mètres, je le mords, je peux toujours le faire, et puis 37, c’est un beau nombre, c’est un nombre étoilé. Tu crois vraiment que c’est le moment que je t’explique les nombres étoilés ? Ça ne va pas beaucoup te servir, les nombres étoilés. Ce n’est pas grave ! Un nombre étoilé, c’est quand tu peux dessiner des trous sur un plateau de dames chinoises. Tu ne sais pas ce que c’est, les dames chinoises. On y jouera. Là, ce n’est pas le moment, on parlait de 37 mètres. 37 mètres sinon je mords. Et toi, tu te secoues. Se-coues. On est censé fêter nos 12 ans de mariage. 12 ans, en France, c’est les noces de soie. 12, c’est un nombre sublime, il se divise juste par des nombres parfaits. Pleins de nombres partout ! »



Elle est obligée de s’arrêter pour reprendre son souffle, ses joues sont roses, son torse se lève et se baisse rapidement et régulièrement, sa chevelure blonde est essoufflée. Leurs lèvres sont tellement proches les unes des autres.

Tellement proche.

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le Jeu 10 Jan - 14:28
Il ne rêve pas. Dans ses songes, elle le quitte ou l'absout. Jamais il n'a été capable d'imaginer sa froide logique, le mélange des langues, les accents d'affection, les nuances de réprobation, toute la richesse de la personnalité complexe de sa femme. Et en conclusion, son fatalisme presque slave. Il n'en a pas le cœur de la corriger. Car elle est une déesse et son absolution ne peut venir que d'elle car seule, elle a de l'importance dans la réalité. Seule avec Abishai, leur fils, cette continuité d'elle qui a grandi et s'est détaché de son père. Mais Abi est trop un Lis pour lui pardonner jamais alors que Sisel reste un chaton, qui n'oublie pas mais décide d'ignorer car la vie est trop douce pour s'abîmer à autre chose que le présent. Il embrasse son doigt. Se perd dans ses yeux. Ce regard profond d'enfant qui invoque son attention sur un seul point de détail. Il caresse sa joue. Il l'aime tellement. Il a peur qu'elle disparaisse, qu'elle glisse entre ses doigts, entre son cœur. Il a envie de pleurer. De soulagement, de tristesse, de joie, d'émotion. Pleurer du présent pour chasser le passé. Envie de l'embrasser pour cueillir les mots au fond de sa gorge. Il ne veut pas. Il ne veut pas qu'elle se taise. Elle lui parle d'un avenir. De ses projets. Si elle savait à quel point il n'en a plus. A quel point il oublie au maximum l'avenir comme le présent. Il vit dans le passé près d'elle. Dans leurs souvenirs. Quand il regarde son futur, c'est le ravin qu'il voit. Rien d'autre. Elle se love contre lui et il oublie. Il n'est plus que sensation. Il plonge son visage dans ses cheveux blonds, respire leur parfum de soleil.

Elle bouge, s'installe sur ses cuisses. Et d'un coup, elle parle, elle parle, elle parle. Son tempo s'accélère, les silences sont oubliés, c'est une succession de notes, de thèmes, de chiffres et il l'aime, il l'aime, il l'aime, il l'aime à en déborder d'amour, à en perdre le souffle. Son cœur s'accélère, il ne perd pas une miette, pas un son, pas un mot. Il se fiche de leur signification. Peu importe. Elle s'arrête. Il l'embrasse. Il veut boire ses mots à la source. Il l'attire à lui. Il veut la prendre dans son cœur et ne plus jamais la perdre. Elle est son âme au moins autant que Paloma. Cela dure longtemps. Trois éternités. Il a posé une main dans le bas de son dos pour la soutenir. L'autre au niveau de l'oreille pour la retenir. Il inspire. Pose son front sur le sien. Mêle leurs regards. Il n'a pas tout compris. Il s'en fiche.

« Tu veux aller en France ? » Si elle veut fêter les douze ans. Si elle veut être couverte de soie. Si elle souhaite un collier de 37 diamants. Lui, son seul souhait au monde c'est de l'entendre parler encore. Qu'elle lui dise qu'il ne comprend rien. Qu'elle se fâche ou pas. Qu'elle l'embrasse. Il a tant de choses à lui dire que rien ne vient. Il s'en fiche. Il se fiche de tout. Il peut bien mourir maintenant.  De bonheur. Et soudain, il sourit.

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le Jeu 10 Jan - 23:40
Je fuis. Je fuis des responsabilités. Je fuis les mauvaises nouvelles. Je ne veux pas les entendre, je ne peux pas penser que quelque chose mal se soit produit. Je veux que tout aille bien. Je veux vivre dans un monde, dans mon monde, un monde d’amour et de bisounours. Un monde où les totems, les humains sont heureux, un monde où tout va bien et que les soirées comme celle qui vienne de se produire n’existe pas. Mais, c’est le genre de monde qui existe uniquement dans mes rêves, lorsque mon capteur de mauvais rêves me prend dans ses bras. Mais pour le moment, ce n’est pas tout à fait cela. Pour le moment, le monde est plus gris et noir. Par contre, Abi réussit bien à le rendre plus lumineux, il m’aide à surmonter tout ça.

Je sais qu’il se fait du soucis pour moi, c’est normal, c’est pour ça qu’après un allé vers la salle de bain, il revint vers moi, j’ai essayé fort de ne pas imaginer le pire, mais c’est difficile. Avec un appel comme ça, je peux que m’imaginer le pire. Abi me serre contre lui et je le serre fort contre mon coeur. Une chance qu’il est présent. Je… je ne sais pas ce que j’aurais fait s’il avait encore été une fois hospitalisé. Mais il va bien. Tout va bien aller. Je dois chasser toutes ces pensées négatives.

Il est un amour. Un amour en or. Pour rien au monde je voudrais l’échanger. Si, des fois, Ludo avait plaisanté sur le fait qu’il aurait bien aimé me le voler, pour rien au monde je laisserais Abishai partir. Il lui faudrait une très, très, très bonne raison. Parce que c’est dans un moment comme celui-ci que ça me fait grandement plaisir de l’avoir à mes côtés. Il m’offrait tout simplement d’appeler mes parents. Une façon comme une autre de fuir mon obligation de petit fille. Toujours collée contre lui, j’hochai de la tête, en l’écoutant. Cela faisait beaucoup de sens. C’était logique et… Et peut-être que si c’était lui qui le faisait, peut-être que me l’annoncer… Ce serait moins difficile? Je ne sais pas.

Je veux bien essayer.

Surtout un petit baiser comme celui-là, pour un baiser de la sorte, je veux bien essayer. Mon petit coeur s’est affolé de nouveau, mais cette fois-ci, c’était Abishai qui affolait mon coeur et j’aimais toujours bien ça, même après tous ces mois. Et je ne m’en lasse pas non plus. Je finis par lui répondre dans un petit murmure :

- Je veux bien. Mais… Mais s’ils te disent une mauvaise nouvelle, je veux le savoir. Autant mes parents, Nadia ou ton grand-père. Je veux vraiment savoir comment ils vont.

Il n’aurait pas le choix. Sinon je vais lui demander en boucle et en boucle jusqu’à ce qu’il me réponde. Et ça, je suis bien capable de le faire. J’ai besoin de savoir si les gens que je côtoie, de près comme de loin vont biens. C’est important.

J’aimerais tellement avoir des pouvoirs magiques, uniquement pour guérir les gens, ce serait tellement plus facile… Ça me rappelle drôlement un livre de chevalerie. Mais oui, j’aimerais pouvoir passer mes mains au-dessus des blessures des gens afin qu’ils guérissent de leurs maux physiques. Comme ça, la jambe de  Monsieur Lis irait déjà bien, comme ça, Abi n’aurait pas à s’inquiéter, en tout cas, s’inquiéter un peu moins. Ce serait plus simple, non? Et comme ça, il y aurait moins de grues à faire…

Décidément, je suis vraiment une princesse ce soir. Ou un enfant, je ne sais pas trop. Voilà que mon géant préféré me prenait de nouveau contre lui afin de m’amener tranquillement vers la salle de bain. J’avais vraiment cette impression d’être une enfant plus qu’une princesse en ce moment. L’un de ces tous petits qui ne veulent plus marcher et ce sont donc les parents qui décident de les prendre dans leurs bras afin de l’amener à une place où une autre. Je ressemblais exactement à cela en ce moment. J’avais tout simplement passé mes bras une nouvelle fois autour de son cou, me laissant transporter sans me plaindre, de toute façon, je savais bien que je n’avais pas le choix. Il me laissait pas le choix.

Ça me rassurait un peu qu’il ne sache pas exactement ce qu’il pensait de tout cela, je me sentais un peu moins perdue. Moins seule d’être perdue. Ça ne fait pas de sens, pas grave. C’est vrai que les gens n’étaient pas à l’hôpital, du coup, ça ne pourrait être qu’une bonne chose. Ludo n’était pas trop mal en point, son copain un peu plus, peut-être que lui devrait y aller… J’appellerais Ludo demain pour savoir comment Liam et lui se portent.

- Ce… Ce n’était pas vraiment Ada… Je ne lui en veux pas, tu sais?

Je me penchai vers le bain, prenant de la mousse dans mes mains pour venir ensuite porter le tout sur sa tête. Parce que c’était amusant, sans d’autre raison. Parce que s’il me trouvait jolie avec la tête que j’avais, je pouvais bien m’amuser un peu et changer quelque peu sa tête. Il gardait quand même de son charme. Mon cher géant qui semblait en faire beaucoup pour faire de l’humour.

Mais… L’humour, ça ne lui allait pas toujours très bien. Mais, cette fois-ci, je ne m’en offusquai pas, je trouvais ça mignon, ces petites maladresses qui démontraient bien qu’il m’aimait. Un jour, je suis certaine qu’il sera un peu plus douée. Pour le moment, je lui souris doucement et lui dit :

- Et toi, tu es très sexy, même avec un chapeau de mousse.

Je laissai le petit chapeau de mousse réduire lentement sur sa tête, le regardant toujours aussi amusée, ça me donnait de lui faire des coupes de cheveux complètement loufoques avec la mousse. Quoi que… Bien qu’il jouait dans mes cheveux à retirer les brindilles, je pouvais bien m’amuser avec les siens, non? Peut-être? Probablement?  

Puis zût! Je suis une enfant dans mon coeur et je fais bien ce que je veux. Il me porte bien d’un endroit à un autre depuis un moment déjà, je peux bien m’amuser avec lui également. Mon sourire s’élargit et je me suis mise à lui faire une coupe de cheveux avec la mousse. Un beau mohawk à la Yondu des gardiens de la galaxie.

- Ça te va presque bien maintenant, dis-je en lui volant un rapide baiser.

Maladroitement, évitant de m’appuyer sur ma jambe malade, je m’éloignai de mon amoureux. J’avais bien peur qu’en retirant mon t-shirt de lui offrir un joyeux coup de coude au visage ou quelque chose comme cela. Je me disais qu’il y avait assez de brindilles qui avaient quitté mes cheveux pour le moment et l’idée de rejoindre l’eau chaude et rassurante du bain me plaisait bien.

Je me suis mise à me dévêtir, un peu gauchement, je voulais vraiment faire attention à ma jambe, mais il semblerait que je ne sois pas trop douée.

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Merci Vilmos hihi
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